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Shérif Farag, architecte de la mosquée Al-Nouri à Mossoul “Respecter l’histoire mais regarder vers l’avenir”

En novembre dernier, l’UNESCO ouvrait une compétition internationale auprès d’architectes et d’ingénieurs du monde entier afin de réhabiliter la célèbre mosquée Al Nouri, détruite par l’État Islamique durant la bataille de Mossoul.

Sorte de “tour de pise” islamique, la mosquée Al-Nouri fut une figure iconique de Mossoul avant d’être détruite par les membres de l’Etat Islamique, lors de la prise de la ville en 2017. Surnommée Al Hadba (la bossue) par ses habitants, en raison de son minaret penché, le site était non seulement un repère emblématique pour tous les Mossouliotes, mais surtout un monument historique unique. Datant du 12ème siècle, la mosquée fut visitée par des visiteurs célèbres comme le célèbre empereur ayyoubide Saladin ou encore le voyageur berbère Ibn Battuta.

Si elle fut détruite puis reconstruite dans les années 40 selon de nouveaux plans, son minaret quant à lui était resté intact depuis l’époque médiévale…jusqu’au jour de sa destruction par les djihadistes.

Afin de regarder vers l’avenir, mais aussi de redonner espoir aux habitants de Mossoul et à la communauté internationale, l’UNESCO a donc lancé en novembre dernier, en coopération avec le ministère de la culture iraqien et le support des EAU, une compétition d’architecture internationale afin de proposer un nouveau design de reconstruction et réhabilitation du complexe de la mosquée Al Nouri. Nous avons rencontré Sherif Farag, architecte et président de ADD architects, le cabinet d’architecture égyptien qui a remporté le premier prix du concours.

Quelles sont les qualités d’un bon architecte selon vous ?

La qualité d’un bon architecte consiste à trouver des solutions pour faire face aux défis du milieu qui l’entoure. Ceux-ci peuvent être physiques, culturels, sociaux ou historiques. Toute architecture devrait également placer l’être humain au cœur de tout. Contrairement à l’architecture commerciale, qui se concentre sur le marché ou les considérations financières, l’architecture doit se préoccuper des gens. Il est très important de penser l’architecture en tenant compte de cette philosophie.

Vous avez cofondé votre société d’architecture (ADD Architects) il y a quelques années. Comment avez-vous pris cette décision et quelle vision de l’architecture vouliez-vous transmettre ?

La principale motivation derrière cette société était ma femme. Elle est elle-même architecte, et nous travaillions ensemble depuis longtemps, lorsqu’elle a commencé à me dire que je devrais lancer ma propre entreprise. Elle croyait en moi et avait une vision claire de ce qu’elle voulait. Elle m’a donc poussé et, main dans la main, nous avons commencé à construire cette entreprise avec une toute petite équipe au départ.

Quel est votre processus créatif lorsque vous démarrez un projet ?

La chose la plus importante est de s’appuyer sur un bon travail d’équipe pour commencer. Ensuite, nous entrons dans la phase de recherche, après quoi nous faisons un brainstorming pour dégager quelques concepts, et nous filtrons les idées afin de choisir la meilleure solution. Après ces étapes, nous développons le concept, le dessin et l’ébauche de l’ensemble du projet. Lorsque je construis une maison privée pour mon client par exemple, il est très important pour moi de tout savoir sur lui. J’ai besoin de connaître son style de vie, son histoire, la façon dont il gère ses enfants…., etc. pour que sa maison soit le reflet de lui-même. 

 

Quelle a été la partie la plus difficile de la réhabilitation du complexe de la mosquée de Mossoul Al Nouri à Mossoul?

La réhabilitation du complexe Al Nouri est un cas particulier, en raison de sa destruction par l’État Islamique en 2017. Nous avons dû prendre en considération la zone critique dans laquelle se trouve le site afin de construire un nouveau design. Notre principale préoccupation dans ce projet était de concevoir une nouvelle structure respectant le site historique mais aussi tournée vers l’avenir, tout en étant conçue pour les habitants de Mossoul.

Quelle est votre architecture et qui sont vos architectes préférés dans le monde ?

Ce n’est pas parce que je suis égyptien mais je pense que les trois pyramides de Gizeh sont l’un des exemples d’architecture les plus spectaculaires au monde. Elles possèdent une longue histoire, et surtout la façon dont elles s’inscrivent dans l’environnement et la manière dont elles ont été conçues avec des calculs astronomiques à une époque où il n’y avait pas de technologie, est juste fascinant. Quant au contemporain, je pense que Renzo Piano avec le centre culturel Digipool propose une expérience unique. J’aime aussi le travail de Hassam Fathy, qui est l’un des architectes les plus influents de cette époque. C’est lui qui m’a fait croire au pouvoir de l’architecture et à l’expérience qu’elle pouvait offrir aux gens. Son livre, « Architecture for the Poor« , est l’un des ouvrages les plus importants que j’ai jamais lus. Alors que nous parlons beaucoup de durabilité aujourd’hui, son livre propose une vision unique de la responsabilité en architecture. 

À quoi devrait ressembler l’architecture du futur selon vous ?

Je pense que l’Internet des objets, les nouvelles applications et les systèmes basés sur la modélisation devraient fusionner pour accroître l’expérience des espaces et les qualités environnementales des bâtiments. Je crois que les technologies ont un rôle à jouer pour faire quelque chose de bien.