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Sofyan x Kawa x Zéro Distance : une rencontre rafraîchissante

Jumana Zahid - Sofyan

La lumière du soleil rebondit sur la façade de notre emblématique hôtel Carlton. Kawa est au 72e Festival de Cannes, et quel honneur ! Des étoiles dans les yeux, on vient de repérer Jim Jarmusch, Chloë Sevigny et Miles Teller sur la terrasse. Quel meilleur cadre pour une rencontre entre Sofyan, célèbre féru de cinéma dont la communauté YouTube s’élève à 1,3 million d'abonnés , et l'équipe de tournage saoudienne en charge de Zero Distance ? Cette dernière est composée d'Abdulaziz Al Shelahi, un nouveau réalisateur de long métrage, et de son producteur, Jumana Zahid, un jeune cinéaste saoudien. Une rencontre assez symbolique, surtout si l'on prête attention au fait que les cinémas ont rouvert en 2018, après avoir disparu pendant plus de trois décennies d’Arabie Saoudite....

Alors que Sofyan arrive sur la terrasse, nous comprenons qu’il n’a jamais rencontré de cinéastes saoudiens auparavant. Son compte YouTube est très populaire parce qu’il fait référence à une pléthore de films, répartis en différentes vidéos thématiques. Ses vidéos adoptent un ton comique. Dans l’une d’elle, il énumère les clichés qu’on retrouve dans les films de zombies pendant qu’il recrée sa propre version du genre, faite maison, avec ses amis.

Il est temps d’en savoir un peu plus sur l’équipe de tournage saoudienne. Rapidement, on apprend que la première et unique expérience cinématographique de Jumana Zahid a été d’aller voir Roll’em, d’Abdulelah Al Qurashi. « C’est le premier long métrage saoudien à être projeté dans les cinémas du royaume. L’équipe qui a travaillé sur le film mérite bien les critiques positives qu’elle reçoit. Par contre c’est tout ! Je n’ai pas le temps de regarder des films. Juste de les faire ! » dit-t-elle en riant.

Abdulaziz Al Shelahi – Jumana Zahid

Photos en voie de disparition

Abdulaziz Al Shelahi, qui a réalisé Zero Distance, prend vite part à la discussion. Il vient de Riyad, la capitale, et le film est son bébé. Un bébé qu’il a hâte de nous présenter plus en détail : « Le tournage nous a pris un mois. Mais l’équipe a tissé des liens très forts autour de la réalisation de ce film. Chaque collaborateur le considère comme son propre travail. Et je pense que c’est important : présenter une œuvre qui nous semble proche de notre compréhension des choses. Une description de qualité ».

Dans son discours, on ressent toute la complexité du paysage cinématographique saoudien. Abdulaziz a grandi dans une époque où garder des photos des gens était très mal vu par certains segments de la société. On parlait même de les brûler. Par conséquent, il ne possède des photos de lui-même qu’à partir de l’âge de huit ans.

 

Un Big Bang (inversé)

Toutefois, les choses sont en train de changer : quelque 2 500 salles devraient ouvrir leurs portes au cours des cinq prochaines années, grâce à un investissement de 35 milliards de dollars de l’Arabie saoudite et de l’étranger. En tant que première économie du Moyen-Orient, ce boom est appelé à affecter positivement l’ensemble du monde arabe.

C’est le moment que choisit Sofyan pour souligner un autre phénomène étrange : « Ça s’est fait à l’envers », dit-il, à propos du fait que la société saoudienne avait accès au DVD et à la VHS bien avant de s’ouvrir au cinéma.

Et c’est vrai, l’ajout récent des cinémas et des services de diffusion en continu à la demande ne sont que la pointe de l’iceberg pour une communauté qui a depuis longtemps accès à des films de partout dans le monde.

Abdulaziz Al Shelahi

La propre expérience de Jumana est remplie de souvenirs de productions étrangères : « Mon premier souvenir quand il s’agit de cinéma, c’est celui de la télévision par câble. Il s’agissait surtout de films égyptiens. Le cinéma était – et est toujours – très important en Egypte. Plus tard, la télévision par satellite est apparue avec une plus grande variété de films, dont Hollywood. Bollywood aussi ! Ensuite, les vidéothèques nous ont permis de faire nos propres collections, sur VHS et DVD. Nous avons encore une énorme collection à la maison. »

Pourtant, Abdulaziz Al Shelahi ne peut se défaire du sentiment que le choix du bon narrateur a un impact fort sur le message et la façon dont il est reçu :  » Personne ne peut mieux raconter les histoires du peuple saoudien que lui même. Il va y avoir davantage de films saoudiens dans le Golfe, et j’espère bien voir plus de films à Cannes. »