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Tamer al Ahmar, l’artiste jordanien qui rend hommage aux divas arabes

Alors que l'exposition “Divas” invitait jusqu’à il y a quelques jours les visiteurs de l’Institut du monde arabe de Paris au voyage dans l’âge d’or du cinéma arabe, un artiste jordanien rend hommage à ses icônes au sein de visuels colorés inspirés du pop art.

Des années 20 aux années 40, le monde arabe a connu une véritable renaissance culturelle et politique, portée par les idéaux du panarabisme et l’essor du cinéma égyptien, dont les comédies musicales bercent encore des générations de jeunes arabes aujourd’hui. C’est à cette période, et aux divas qui l’ont incarnées, comme la célèbre maîtresse égyptienne du “tarab” Oum Kalthoum, la romantique libanaise Fairouz ou la sulfureuse comédienne syrienne Ismahan, que Tamar Al Ahmed, un artiste jordanien rend hommage à travers des visuels pop et décalés. Travaillant dans les ressources humaines le jour, ses soirées, c’est à détourner des icônes et symboles de la culture arabe qu’il les passent. Un moyen d’honorer son héritage d’une manière moderne et joyeuse, mais aussi d’insuffler un vent d’air frais et d’espoir à cette nostalgie arabe. Rencontre avec cet artiste pop et décalé.

 

Comment avez-vous commencé votre voyage artistique ?

J’ai toujours été réputé pour mon talent, dans ma famille et à l’école, mais je n’ai jamais imaginé une seule seconde en faire mon travail à plein temps. Pendant un certain temps, j’ai pensé à faire des études d’art,  mais j’ai finalement choisi d’étudier l’administration des affaires, ce qui était très éloigné de mes aspirations initiales. Cependant, à l’université, j’ai suivi des cours d’art où  j’ai commencé à apprendre les différents types de peinture : de l’huile à l’aquarelle et ainsi de suite. Entre-temps, un nouveau magazine pour enfants a été lancé en Jordanie et à cette époque, je dessinais des caricatures et des dessins animés pour mon ami qui m’a suggéré de postuler. Je l’ai fait et j’ai été engagé. À partir de là, j’ai commencé à explorer l’art numérique et ce fut la première étape de mon voyage artistique. 

Comment vous est venue l’idée de dessiner ces divas arabes ?

À cette époque, je regardais beaucoup de films en noir et blanc et de vieilles comédies musicales égyptiennes. Je suis également passionné par la musique arabe, la mode et la décoration intérieure, mais comme je ne joue pas de musique et que je ne chante pas, j’ai pensé que je devais combiner toutes ces passions dans des œuvres visuelles et numériques.

Pour l’affiche d’Asmahan, j’ai combiné tous les éléments que j’aime et qui sont inspirés de la mode ou de la calligraphie arabe pour la placer dans une nouvelle position où elle n’avait jamais été représentée auparavant. Je ne l’ai pas dessiné à partir d’une image spécifique ou préexistante, mais j’en ai créé une nouvelle, je l’ai donc mise avec la guitare arabe traditionnelle, le oud, et derrière elle les paroles de sa chanson en caractères arabes et comme je suis passionnée par la décoration intérieure, je me suis toujours concentrée sur les motifs et les carreaux.

Qu’est-ce qui vous fascine chez ces divas ?

À part le fait que j’aime leur musique, le début de leurs années actives, dans les années 20-40, ont été une période de grands défis sociaux et politiques. Ces femmes sont devenues des influenceuses de leur temps. Elles ont aussi réussi à surmonter tous les obstacles que les sociétés arabes leur ont opposés pour réaliser ce qu’elles voulaient faire. Je me souviens que ma mère me disait que lorsqu’il y avait une émission en direct d’Oum Kalthoum à la radio, les gens arrêtaient tout ce qu’ils faisaient pour l’écouter pendant des heures parfois. Aujourd’hui, nous écoutons une chanson pendant trois minutes et nous nous en lassons. Je veux les mettre en avant car elles ont inspiré les femmes de leur époque et continuent de le faire aujourd’hui.

 

Comment expliquez-vous le succès de votre travail, en Jordanie et à l’étranger ?

En Jordanie, mon art a été bien accueilli sur le marché, car à l’époque où j’ai commencé mon parcours artistique, l’art numérique était en plein essor et il n’y avait pas beaucoup d’artistes qui s’y adonnaient. Lorsque je suis arrivé avec ces pièces liées à notre culture arabe, les gens s’y sont immédiatement identifiés. Je pense que c’est dû au fait qu’elles représentent la culture arabe d’une manière moderne et belle, ce qui est très apprécié par les Arabes vivant à l’étranger, car elles leur rappellent leur culture et leur famille. En même temps, j’ai attiré l’attention des médias internationaux et des gens grâce aux médias sociaux. Les gens ont commencé à acheter mes œuvres et à partager mes images, ce qui m’a donné l’occasion d’aller à l’université de Harvard pour la conférence annuelle arabe, grâce à un client qui y travaillait et qui m’a invité. Pour un artiste comme moi, les médias sociaux ont supprimé toutes les frontières du monde et m’ont donné cette formidable opportunité de partager mon travail. 

Quels sont les principaux retours que vous obtenez sur votre travail?

J’entends souvent « Vous nous rappelez le bon vieux temps ». Je fais de l’art pour moi, mais j’aime influencer les gens de manière positive. Quand je vois qu’ils sont prêts à payer pour avoir mes peintures chez eux et les regarder, je me dis que c’est ce que je veux continuer de faire.