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Laila Ajjawi : une street-artiste au service des femmes et des réfugiés en Jordanie

Laila Ajjawi

Laila Ajjawi ou quand le street-art se décline au féminin ! À travers ses fresques murales, la jeune jordanienne d’origine palestinienne bouscule les mentalités. Ses oeuvres défendent l’égalité hommes-femmes, le droit à l’éducation et dénoncent la condition des réfugiés. Activiste et éternelle optimiste, Laila Ajjawi insuffle des touches positives partout où elle va. Portrait.

Masque sur le nez, jean, baskets et hijab, Laila Ajjawi est prête à bombarder les murs… de couleurs ! Son look ne passe pas inaperçu et fascine les habitants d’Irbid. Cette ville de Jordanie, à 85 km au nord de la capitale, est connue pour son camp de réfugiés palestiniens. Laila le connaît parfaitement, puisqu’elle y a vécu pendant de nombreuses années avec sa famille. Une situation qui ne l’empêche pas de sortir du lot et de poursuivre ses rêves.

 

Girl power

Laila Ajjawi se découvre une fibre artistique très tôt, dès l’âge de cinq ans. Progressivement, les pots de peinture de l’école laissent place aux aérosols. Un peu par hasard, elle embrasse la voie du street art en 2014, lorsqu’elle participe à l’événement Women On Walls. Une initiative artistique lancée en Égypte et au Moyen-Orient, qui utilise le graffiti pour parler des droits des femmes. “ C’est la première fois que je quittais ma ville natale pour participer à un festival d’art régional. J’y ai rencontré de nombreuses femmes artistes et Mia Grondahl, responsable de l’événement. Une femme incroyable qui nous a stimulées et encouragées. Je lui dois beaucoup “ se souvient Laila.

Ce premier essai prometteur permet à la jeune femme de se frayer un chemin dans le milieu, très masculin, du street art. Si certaines se seraient découragées, Laila Ajjawi, elle, y voit une opportunité de se surpasser.“ Se remettre en question est le meilleur moyen de s’améliorer dans n’importe quel domaine. Ce qui me déprime, c’est de me comparer aux autres, explique la street-artiste. J’ai toujours pensé qu’en termes de talent et d’expériences, le champ des possibles était immense. ”

 

 

Et lorsque l’on demande à Laila Ajjawi comment ses oeuvres féministes sont perçues et accueillies par les passants, sa réponse met du baume au coeur. “ Le talent est apprécié indépendamment du genre, même si certains sont surpris qu’il y ait une femme derrière ce travail, note-t-elle. On est conditionné parce qu’il est bon de faire ou de ne pas faire, or j’ai toujours évolué dans la vie en me détachant de cela.” Qu’ajouter de plus, sinon bravo Laila !

 

L’éducation pour toutes

Elle-même réfugiée, Laila Ajjawi est venue en aide à ses semblables en travaillant pendant trois ans dans une ONG. Une mission qui lui a toujours tenu à coeur depuis le début de la guerre. Sur le plan artistique, la jeune femme réalise des fresques sur la force de résistance et l’éducation des filles. “ Beaucoup d’entre elles arrêtent les études à cause de leurs parents ” déplore-t-elle. Sur son compte Instagram, elle ajoute d’ailleurs à ce sujet, que la scolarité des filles n’est pas remise en cause “ pour des problèmes d’argent ou de mauvaises notes, mais à cause de la mentalité.” Pour faire bouger les choses et développer l’effet papillon, Laila dévoilait, en décembre dernier, une fresque murale au camp de réfugiés d’Irbid. Là où elle est née.

 

 

Ambitieuse et passionnée, Laila Ajjawi a des projets plein la tête : créer son entreprise et une nouvelle chaîne Youtube en anglais, mais aussi voyager vers des destinations artistiques avec son fils.