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Alya Mooro, ou comment casser les stéréotypes sur les femmes au Moyen-Orient

Photo portrait de la Journaliste et auteure Alya Mooro

Journaliste et auteure, la britannique Alya Mooro vient de sortir son premier roman: The greater freedom, life as a middle eastern women outside the stereotypes (En français: la grande liberté: vivre comme une femme moyen-orientale au delà des clichés). Un livre autobiographique où elle parle de ses origines égyptiennes, mais qui mêle aussi les témoignages d’autres femmes arabes vivant avec une double culture dans les sociétés occidentales. 

Plus qu’un livre sur les femmes au Moyen-Orient, ce premier roman est surtout une quête personnelle initiatique aux accents universels qui rappelle les nombreuses injonctions imposées aux femmes dans la société contemporaine mondiale. Dans un discours nuancé et touchant, Alya évoque avec justesse les clichés sur les femmes arabes en Occident, ceux sur les femmes occidentales en Orient, le sexisme ambiant, mais aussi le manque de diversité dans les médias actuels.

 

Image instagram : @alyamooro

Dans ton livre, tu t’attaques aux stéréotypes sur les femmes arabes de tous les fronts. Celui occidental qui voit en elles des femmes nécessairement soumises, mais aussi celui du monde arabe qui voit en chaque femme occidentale un objet sexuel. Est-ce que c’était difficile de confirmer certains clichés sans prendre partie?

C’était très difficile parce-que je ne voulais pas dire à l’Occident ”oui vous avez raison”. Et en même temps, il y a toujours une part de vérité dans certains clichés. Dans les deux sens. Au final, j’ai voulu traduire le plus honnêtement possible mon expérience personnelle même si il était très difficile de marquer cette séparation entre la part de clichés et de réalité. Mais les commentaires que j’ai reçu suite à la publication du livre m’ont rassuré. Beaucoup de femmes vivant au Moyen-Orient ou même en Angleterre avec une double culture se sont reconnues et retrouvé dans ce que je racontais, même si d’autres ont critiqué ce que j’ai montré de la culture arabe. Ce que j’ai voulu transmettre, c’est que nous vivons tous dans un monde patriarcat et que ce qui a affecté ma vie en tant que femme, orientale ou britannique, sont les attentes qui reposent sur nous et se trouvent partout. C’est avant tout un problème interculturel que je voulais attaquer.

Comment expliques tu ces clichés mutuels que l’Occident et l’Orient entretiennent sur leurs cultures respectives?

Je pense que les gens aiment beaucoup se mettre à distance les uns des autres . Ils pensent que des problèmes existent loin d’eux et que cela ne les concernent pas. D’une certaine manière, cela leur permet de se retirer de toute responsabilité. L’orientalisme nourrit cette idée depuis trop longtemps aussi. Des gens qui voyagent en Orient pensent que que les gens sont trop différents de nous. Bien si ces frontières qui nous séparent les uns des autres deviennent de moins moins importantes car nous vivons dans un monde globalisé, où la technologie s’est répandue et que les gens beaucoup plus qu’avant. Mais ces préjugés perdurent malgré tout à cause de la peur. Et dans notre monde actuel plus que jamais, je pense que nous avons vraiment besoin de ce type de conversations pour réaliser que nous avons plus en commun que ce qui nous distingue.

 

Page de couverture du roman The Greater Freedom de l’auteure Alya Mooro

Dans ton roman, tu expliques aussi que les diktats de beauté auxquels se conforment les femmes au Moyen-Orient sont finalement les mêmes qu’en Occident. Comment se fait-il que les modèles soient les mêmes alors que les beautés diffèrent?

Au moyen-Orient, on observe beaucoup de chirurgie esthétique et de blanchiment de la peau, comme dans beaucoup pays d’Asie par ailleurs. Je pense que cela à avoir avec la colonisation et l’impérialisme qui ont duré pendant des années. Quand mon grand-père était jeune, alors que les britanniques occupaient Egypte, il y avait un club de sport seulement autorisé aux anglais et auquel les égyptiens n’avaient pas accès alors que c’était pourtant dans leur pays. Son père, parce-qu’il était un chirurgien renommé, était finalement parvenu à y rentrer, ce qui avait provoqué une grande fierté de la famille. Alors que pourtant ils étaient très critiques envers la présence britannique en Egypte. Pour eux, c’était le message qu’ils valaient quelque-chose. C’est la même chose que l’on retrouve dans la volonté de certains pays de vouloir ressembler aux occidentaux. Une volonté d’être reconnus, considérés comme attirants selon les normes occidentales. Aujourd’hui, les critères de beauté dans le monde restent encore majoritairement occidentaux car il y a eu une véritable occidentalisation de la planète avec l’avènement de la technologie.

 

Penses-tu que les représentations sont meilleurs aujourd’hui?

Je pense que ça va de mieux en mieux, et les représentations commencent à être plus réalistes. En même temps, elles restent aussi très limitées. Par exemple dans la publicité, même si on voit de plus en plus de couples mixtes aujourd’hui, l’homme est généralement noir, la femme blanche, et leur enfant va toujours correspondre à un certain type métissage. Le champion de NBA Kobe Bryant est mort récemment et à la BBC a fait un montage avec une photo de LeBron James à la place. Comment est-il possible que personne dans la salle de presse n’ait réalisé qu’il s’agisse de deux hommes noirs différents. C’est pourquoi il est important que ceux qui prennent des décisions et travaillent dans la newsroom soient eux-aussi plus divers.