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« Aux Emirats, la culture du café est largement répandue »

Qui n’a pas eu un jour l’envie de tout quitter pour ouvrir sa propre entreprise et se lancer dans de nouveaux projets? C’est ce qu’a fait Nooran Al Bannay, une ingénieure émirienne qui a quitté un poste dans une grande entreprise pétrolière pour ouvrir son propre café à Abu Dhabi

Il y a plus d’un an, Nooran Al Bannay travaillait encore comme ingénieure pour une grande entreprise dans le secteur de l’énergie aux Emirats Arabes Unis. Elle avait un salaire confortable et son chemin semblait tout tracé, mais son parcours personnel et spirituel l’ont amenée à prendre un nouveau virage.

En 2018, elle se lance dans l’entrepreneuriat alors qu’elle travaille encore à Adnoc et ouvre Coffee architecture, un lieu qui propose du café arabe artisanal à une clientèle locale et internationale. Depuis, elle a suivi une formation de barista à Portland, aux Etats-Unis ainsi qu’une certification du Coffee Quality Institute et sert elle-même son café dans le quartier d’El Reem, à Abu Dhabi. Chose assez singulière dans les Emirats, où le secteur des services emploie surtout de la main d’oeuvre étrangère.

 

Qu’est-ce qui vous amenée du travail d’ingénieure à celui de responsable de sa propre entreprise?

Je n’ai pas fait des études de commerce à la base, mais d’ingénieure architecte. Mais j’ai toujours servir du café aux gens, même chez moi. Cela n’a pas été facile de quitter un emploi stable et bien payé, mais la vérité est que je trouvais mon épanouissement ailleurs. J’ai beaucoup réfléchi, beaucoup prié et médité, puis un jour Anthony Robbins (NDLR: un essayiste et coach en développement personnel américain) est venu donner une conférence à Dubaï. Je me souviens qu’il nous a donné des exercices de méditation et des astuces pour rester calme. Dans l’un d’entre eux, il fallait imaginer une décision difficile à prendre. Je me souviens qu’il a dit qu’il fallait trouver la réponse à l”intérieur de nous même, au fond de notre coeur et je crois que le mien me disait de quitter mon job.

 

Pourquoi avoir choisi l’univers du café?

Aux Emirats, la culture du café est largement répandue. C’est une chose que l’on retrouve dans chaque maison, village et famille. Quand j’étais petite, ma grand-mère faisait toujours du café arabe à la maison et quand des gens venaient à la maison, la première chose qu’elle leur servait c’était du café et des dates. Le café fait partie de la culture émirienne et de la tradition. Mais c’est en 2015, que j’ai vraiment réalisé que je voulais en faire mon métier. J’ai découvert que ce qui me rendait heureuse était de servir ma communauté en leur apportant du bonheur, à travers le café. Le café permet de connecter les gens de partout dans le monde car c’est un rituel partagé partout sur la planète.

 

 

Qu’est ce-qui est spécifique dans la manière de faire le café artisanal arabe ?

Le café arabe est différent dans chaque pays, et dans chaque maison. À Café architecture, nous aimons les cafés saveur classique chocolat avec une torréfaction de moyenne à légère. Nous avons faisons un mélange 50% café brésilien et 50% café sri lankais que nous ajoutons à du safran et du cardamom, les ingrédients essentiels du café arabe. Mais certains ajoutent des clous de girofle, des épices ou encore du gingembre ou de l’eau de rose. Mais nous proposons aussi du café éthiopien, brésilien, du Panama que les gens peuvent tester avec lesquels il peuvent créer leur propre mélange. Aux Emirats, j’ai remarqué que les gens préfèrent les cafés en provenance d’Amérique du Sud comme la Colombie ou le Brésil.

 

Quel a été votre plus grande difficulté?

Notre plus grand défi est aujourd’hui avec le coronavirus. Je ne m’attendais pas à devoir faire face à cela quand j’ai ouvert mon entreprise il y a bientôt deux ans. Ces jours sont difficiles mais ma responsabilité est de faire en sorte que mes employés soient en sécurité donc j’ai décidé de fermer l’endroit mais de continuer d’assurer le café à emporter.

 

Qu’est-ce que vous diriez à d’autres femmes émiriennes qui souhaitent ouvrir leur propre entreprise ?

Mon message serait de leur dire de croire en elles et si elles trouvent vraiment ce qu’elles aiment dans la vie, qu’elles fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour l’atteindre. Le problème parfois aux Emirats Arabes Unis, c’est que les femmes n’ont pas suffisamment confiance dans le fait qu’elles peuvent faire des choses par elles- mêmes. Parce-que je suis une femme émirati, des gens se demandent pourquoi je travaille dans un café plutôt que de rester dans la maison. Mais la culture change doucement. J’ai eu peur que les gens me jugent et n’acceptent pas ce que je fais mais j’ai été surprise par les commentaires que j’ai reçu. Des hommes et des femmes émiriennes m’ont remerciée pour ce que je faisais, pas seulement pour le café, mais simplement représenter notre culture en étant un rôle modèle. J’ai rencontré le Cheikh Mohammed Ben Zayed de Dubaï qui m’a remercié d’être un rôle modèle pour les femmes entrepreneures aux Emirats arabes unis.