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Beyrouth entre parenthèses, voyage vers un pays interdit

Après Le nez juif, l’auteur Sabyl Ghoussoub revient avec un nouveau roman: Beyrouth entre parenthèses. L’histoire d’un voyage vers un pays interdit, de la découverte de l’autre, mais aussi d’un retour vers soi.

Sabyl Ghoussoub est éclectique. Après avoir fréquenté le milieu du cinéma à Beyrouth, il s’est aussi essayé à la photographie. Il signe notamment une série d’autoportraits décalés où on le voit endosser différents signes religieux, se mettant en scène tantôt en imam, tantôt en rabbin sur le même cliché. Peu importe la discipline, Sabyl aime bousculer les codes et se jouer des étiquettes.

Un brin engagé, son travail n’en reste pas moins ludique dans sa manière d’aborder les tabous sociaux et conflits du Moyen-Orient. Une légèreté profonde que l’on retrouve dans ses deux livres, “le nez juif” et “Beyrouth entre parenthèse”, son dernier roman qui suit le personnage d’Aleph, un franco-libanais chrétien qui décide de franchir la frontière d’Israël, pays dont on n’ose prononcer le nom chez les siens. Un voyage en terre inconnue qui le ramènera finalement au plus près de ce qu’il souhaitait initialement éloigner, cette identité dont on ne parvient jamais à se défaire tout à fait.

 

 

Qu’est-ce que tu cherchais en voyageant en Israël pour la première fois, et qu’est-ce que tu as voulu transmettre à travers ce récit?

Un lieu interdit c’est assez fantasmant pour un écrivain, et partir de l’interrogatoire à l’arrivée à l’aéroport Ben Gourion permettait de parler du Liban et du conflit israélo-arabe ou israélo palestinen de manière plus légère, de traiter avec humour de choses qui sérieuses qui me sont très chères. Personnellement, j’ai fait ce voyage car je m’étais aussi pris plein de murs quand je travaillais dans le milieu du cinéma au Liban, on m’amenait au bureau de la censure car je voulais montrer des films israéliens lors de festivals et que ça ne plaisait pas. J’étais arrivé au bout de ce combat et je voulais montrer à ces gens qu’on pouvait être du coté palestinien, et pourtant quand même voyager en Israel sans être un traitre à la nation.

 

Quel a été le plus difficile durant la rédaction du livre

Le plus difficile a été de garder un ton léger et humoristique. J’ai écrit 4 version différentes avant d’aboutir au roman. Au début, je voulais raconter le récit d’une mère libanaise qui perd son fils en Israël et qui revient dans son pays dans un appartement vide à Beyrouth. C’était affreux mais je crois que je m’interdisais d’utiliser l’humour sur ce sujet, petit à petit je me suis décomplexé et des gens de confiance m’ont fait comprendre que ça ne me ressemblait pas. Je ne me reconnaissais pas dans ce que j’écrivais. Ce que j’aime bien dans la version actuelle du livre, c’est qu’on a l’impression que c’est comme si c’était un premier jet, alors que j’ai eu beaucoup de mal avant d’en arriver là.

 

Qu’est-ce que tu as découvert en faisant ce voyage?

Ce voyage m’a complètement transformé. Dans ma famille, il y a une partie de gauche qui a combattu avec les palestiniens et pro Hezbollah, puis une autre plutôt proche des phalangistes chrétiens (NDLR proche d’Israël durant la guerre). J’ai grandi plutôt du côté pro–palestinien et j’ai toujours vu beaucoup de disputes et de violence au sein de ma famille à cause du conflit entre le Liban et Israël. Donc c’est un sujet qui m’habite forcément car il est lié à mon histoire familiale et à celle du Liban. Puis avec ce voyage, je voulais enfin aller à l’encontre de tout ce qu’on m’avait appris et penser ce conflit autrement, non pas pour essayer de lui trouver une solutions de paix à laquelle je ne crois pas, mais plutôt pour répondre à un besoin dans le réel d’imaginer autre chose. D’oser rêver des choses différemment entre les deux pays pour me libérer de ce sujet qu’on ne peut pas penser comme on veut au Liban.

 

C’est quoi pour toi l’identité?

C’est ce qu’on veut en faire même si malheureusement on est toujours en proie à son milieu. Il y a un peu de cela dans le livre aussi, je passe mon temps à me demander comment sortir de la prison de l’identité qui est pour moi le Liban. Ce pays, c’était la prison de mes parents et c’est devenu la mienne. Et tous ces voyages que je fais, c’est finalement parce que je suis un amoureux du Liban qui aimerait pouvoir y vivre. Quand je suis allé en Israël, je cherchais toujours à retrouver le Liban. Lorsque l’explosion du 4 août a eu lieu, j’étais dans le sud de la France et je venais de poser ma serviette sur le sable. Quand je l’ai appris, j’ai replié ma serviette et je suis retourné à Paris pour prendre un avion pour Beyrouth. J’aimerai bien savoir comment réussir à être autre chose que soi, sans être rattrapé par ses origines. Certains pensent que c’est une chance d’avoir deux identités, mais moi ça m’enferme et me prive de plein de choses.