Cette ville côtière tunisienne où 3 palais beylicaux racontent 400 ans d’histoire

La Marsa déploie ses charmes sur la côte tunisienne à seulement 18 kilomètres de Tunis, alliance rare entre élégance discrète et profondeur historique. Cette ancienne capitale d’été des beys de Tunis s’étend entre mer et collines, culminant à 123 mètres d’altitude au djebel El Manar. Baignée par un microclimat particulièrement doux, elle cultive encore aujourd’hui cette atmosphère de villégiature privilégiée qui séduisit jadis Henri Dunant, futur fondateur de la Croix-Rouge, lors de sa visite en 1858. Que reste-t-il aujourd’hui de ce passé fastueux où palais et kiosques côtoyaient les jardins irrigués face à la Méditerranée?

Un héritage palatial entre splendeur et oubli

L’histoire de La Marsa est intimement liée aux dynasties qui ont gouverné la Tunisie. Le palais Al-Abdalliya, fondé au XVIe siècle par le sultan hafside Abou Abdallah Mohamed, constitue le seul témoignage d’architecture civile hafside d’habitation encore visible en Tunisie. Ce joyau architectural, aujourd’hui transformé en centre culturel, témoigne d’une époque où La Marsa attirait déjà les élites.

Plus controversée fut la destruction en 1958 du palais Dar al-Teij sur ordre personnel du président Bourguiba. Ce geste politique visait à effacer le souvenir de la convention de La Marsa, signée en 1883 dans ce palais, qui avait renforcé l’emprise coloniale française sur la Tunisie. Kobbet El Haoua, palais balnéaire unique construit sous Ali Bey III, dont les pieds touchent l’eau, permettait aux princesses de se baigner en toute discrétion. Aujourd’hui en état de dégradation avancée, il reste néanmoins emblématique du paysage marsalais.

Entre traditions et vie contemporaine

La vie spirituelle de La Marsa s’articule autour de plusieurs mosquées, dont la centrale El Ahmadi, érigée pendant le règne d’Ali III Bey puis agrandie par Ahmed II Bey. La confrérie soufie Aïssaouia y maintient une présence active, organisant notamment la Kharja, impressionnante procession rituelle pendant le Ramadan. Ces cérémonies, dirigées par Cheikh Jalel Mimouni, se caractérisent par des chants mystiques et des invocations collectives (dhikr), attirant aussi bien fidèles que curieux.

La cohésion intercommunautaire constitue une caractéristique historique de La Marsa. Au début du XXe siècle, son conseil municipal réunissait musulmans, juifs et chrétiens. Cette diversité se reflète encore dans le paysage urbain où l’église de La Marsa et l’ancienne synagogue Keren Yéchoua coexistent avec les mosquées, créant un dialogue architectural interreligieux rare dans la région.

À la découverte de La Marsa aujourd’hui

Pour apprécier l’essence de La Marsa, rien ne vaut une promenade matinale le long de sa corniche, quand la lumière dorée caresse les façades blanches. Le Marché Central offre une immersion sensorielle complète avec ses étals colorés d’épices et de poissons frais. Pour les amateurs d’histoire, le cimetière Sidi Abdelaziz abrite le mausolée de Sidi Ali Bouriga, témoin de la spiritualité locale.

La Plage des Pêcheurs, à l’extrémité de la corniche, offre un tableau authentique avec ses barques colorées et ses filets séchant au soleil. Pour une expérience culinaire, les restaurants El Mida ou Bella Napoli proposent des spécialités méditerranéennes et tunisiennes comme la maakouda (galette de pomme de terre) ou les poissons fraîchement pêchés.

Informations pratiques

La Marsa est accessible depuis Tunis en 30 minutes via le train TGM, moyen de transport pittoresque et économique. La période idéale pour visiter s’étend de mai à octobre, avec des températures oscillant entre 28 et 35°C en été. La ville compte 113 133 habitants (2024) répartis sur 4 km², formant une communauté dynamique où jeunes et aînés cohabitent harmonieusement (17,8% de 0-14 ans et 13,4% de 65+ ans).

Pour l’hébergement, optez pour une maison d’hôtes traditionnelle ou un appartement avec vue sur mer. N’oubliez pas d’emporter chapeau et crème solaire pour profiter pleinement des plages de sable fin. En cette journée du 9 juillet 2025, la mer invite particulièrement à la baignade.

FAQ sur La Marsa

Quels sont les vestiges historiques incontournables à La Marsa?

Le palais Al-Abdalliya (XVIe siècle), unique témoin de l’architecture hafside d’habitation, et Kobbet El Haoua, ancien palais balnéaire beylical, sont les deux joyaux architecturaux à ne pas manquer, malgré l’état de conservation variable de ce dernier.

Comment se déplacer efficacement à La Marsa?

Le train TGM relie efficacement La Marsa à Tunis. Sur place, privilégiez la marche pour explorer le centre et la corniche. Des taxis sont disponibles pour rejoindre les quartiers périphériques comme Gammarth ou pour des excursions vers Kairouan et sa mosquée historique.

Quelles traditions locales peut-on observer à La Marsa?

Les processions de la confrérie Aïssaouia pendant le Ramadan offrent un aperçu fascinant des traditions soufies tunisiennes, perpétuant un héritage spirituel commun au Maghreb. Les pêcheurs préparant leurs filets à l’aube représentent également une scène traditionnelle authentique.

La Marsa est-elle une destination familiale?

Absolument. Ses plages sécurisées, sa promenade piétonne et son ambiance détendue en font une destination idéale pour les familles, à l’image d’autres cités méditerranéennes façonnées par diverses influences culturelles. Les enfants apprécieront particulièrement les balançoires sous les pins de la Corniche Oubliée.

Karim Al-Mansour

populaires

1
2
3

Lire aussi