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Jordanie : les réfugiés syriens règlent leurs courses par scan de l’iris

D'un simple scan de l'iris, les clients règlent leur courses © WFP

D'un simple scan de l'iris, les clients règlent leur courses © WFP

Un simple scan de l’iris ! Voilà comment les réfugiés syriens du camp de Zaatari, en Jordanie, règlent leurs courses. L’innovation, mise en place par le Programme alimentaire mondial (PAM) et basée sur la technologie Blockchain, vise à faciliter aux déplacés l’accès à la nourriture tout en limitant leurs frais bancaires.

A Zaatari (Jordanie) où vivent près de 76.000 réfugiés syriens, les innovations digitales sont entrées au cœur de la vie quotidienne. Lancé en février 2017 dans ce camp par le Programme alimentaire mondial (PAM), Building Blocks permet aux réfugiés de régler leurs courses alimentaires en scannant leur iris.

La technologie au service des réfugiés

Ce programme est aujourd’hui utilisé par près de 500 000 réfugiés en Jordanie et permet au PAM d’améliorer considérablement sa lutte contre la faim. Depuis plusieurs années, cette organisation des Nations Unies vient en aide aux réfugiés par le biais de transferts d’argent plutôt que de distribution directe de nourriture. Les coûts engendrés par le recours à des intermédiaires bancaires et financiers et les difficultés posées par la nature même des réfugiés, qui ne possèdent souvent ni papiers d’identité officiels ni accès à des comptes bancaires, ont poussé le PAM à utiliser autant que possible les nouvelles technologies tels que le blockchain.

Une femme règle ses courses par scan de l'iris dans le camp de Zaatari en Jordanie © PAM/Shada Moghraby
Une femme règle ses courses par scan de l’iris dans le camp de Zaatari en Jordanie © PAM/Shada Moghraby

Ce système, développé en 2008, se présente comme une base de données répartie entre différents serveurs indépendants et sert à exécuter des transactions monétaires sans l’intervention d’un intermédiaire financier traditionnel. Le programme Building Blocks se sert de la base de données du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés qui enregistre l’iris et les aides dont bénéficie le réfugié. Grâce au partenariat local avec la banque Jordanie Ahli ainsi que le service de paiement Middle East Payment Services, le bénéficiaire peut ainsi régler ses courses de manière rapide et sécurisée.

98% de frais bancaires en moins

Bénéficiant d’équipements performants et d’avantages inégalés en terme d’efficacité, de transparence et de sécurité des paiements, le PAM a pu réduire de 98% les frais bancaires liés aux transactions. Elles s’élevaient en 2017 à 1,3 milliards de dollars, soit 30% du total de l’aide distribuée. En plus de maximiser le nombre de personnes aidées, ce programme permet d’accroître l’autonomie des bénéficiaires et de renforcer les marchés locaux. Il agit ainsi pour la résilience des réfugiés en leur donnant les moyens de s’intégrer plus durablement.

Bien sûr la technologie n’est pas sans inconvénient ni danger. En effet, aucune réglementation ne garantit la cybersécurité et la protection des données privées. Ces questions demeurent en suspend et viennent freiner le développement de la blockchain à d’autres usages. Houman Haddad, le cadre onusien en charge du projet, espère pouvoir étendre la technologie à tout ce qui constitue l’identité d’un réfugié : acte de naissance, passeport, diplômes, données bancaires… L’individu garderait ainsi la pleine possession de son identité et ne dépendrait d’aucune sorte d’autorité pour exister. En ce sens, l’expérience menée en Jordanie ouvre de nouvelles perspectives dans la résolution des crises humanitaires. Mais ces grandes promesses ne peuvent se réaliser que si d’autres organisations, comme le PAM, font aussi le pari de la technologie.