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Musique : Mohammed Abdu, « l’Artiste des Arabes »

Emblème arabe et saoudien de l’authentique musique orientale, le chanteur saoudien Mohammed Abdu perpétue à bientôt 70 ans un héritage culturel qui se perd peu à peu. Récit d’une vie.

Si la chanson arabe est singulière par ses racines, elle ne s’affranchit pas des influences puisées outre les frontières du monde arabo-musulman. Aux notes classiques du tarab – la musique orientale – se mêlent ainsi aujourd’hui des mélodies pop, rock voire électroniques. Face à ce melting pot musical, il est parfois rafraîchissant de retrouver en certains chanteurs et chanteuses arabes une résistance culturelle et un répertoire qui fait subsister la « vraie » musique arabe.

Mohammed Abdu, une voix parmi les légendes

Mohammed Abdu est peut-être l’un des derniers porte-étendards de ce genre. Celui-là même qui a connu son âge d’or avec les voix mythiques des défunts Abdel Halim Hafez, Farid El Atrach ou encore Oum Khalthoum. Des artistes qu’Abdu a côtoyés, s’offrant même un duo avec le deuxième et dédicaçant un titre – Sert Al-Houb (Histoire d’amour) de Baligh Hamdi – à la dernière en 1967.

Car oui, Abdu n’est plus tout jeune. L’homme approche de sa septième décade, sans pour autant se résigner à lâcher le micro ni son inamovible oud, luth qu’il gratte aussi alertement qu’à ces premiers jours. Une longévité qui lui vaut le surnom de « l’Artiste des Arabes », clin d’œil à son répertoire authentique et fédérateur.

Des débuts modestes aux grandes salles

Rien ne prédestinait pourtant ce natif du Jizan dans le sud de l’Arabie saoudite à s’ériger en ambassadeur de la musique arabe et saoudienne, ni même à pousser la chansonnette. Né en 1949 dans une famille modeste, Mohammed Abdu perd son père avant même de faire ses premiers pas. Adolescent, il enchaînera, parallèlement à ses études, des petits boulots de vendeur de confiseries, de postier ou de chanteur de mariages.

C’est peut-être ce dernier emploi de circonstance qui aura mis Abdu sur la voie musicale. En 1963, le jeune homme, tout juste diplômé d’une formation d’ouvrier, refuse un emploi en Europe pour mettre le cap sur Beyrouth, alors capitale culturelle du monde arabe. Au Liban, l’artiste séduit par son registre traditionnel – le mawrouth – s’affranchissant de tout arrangement sonore, et ses sittings musicaux où sa maîtrise du oud fait l’unanimité. La suite, le monde arabe la connaît : des albums mythiques, des collaborations étoilées, des concerts internationaux et une étiquette inamovible, celle de « L’Artiste des Arabes ».