Le nouveau média digital et social pour découvrir l’Arabie et le Moyen-Orient. Décalé. Innovant.

Raha Moharrak : « La meilleure façon de les contredire ? Grimper l’Everest ! »

Raha Moharrak

Raha Moharrak

Elle est la première femme saoudienne à poser les pieds sur l’Everest, et de fait un des fers de lance de l’émancipation féminine dans le Royaume et la région arabique. Un statut qui lui vaut une nomination parmi les 100 femmes de moins de 40 ans les plus influentes du monde arabe. Des rives de Djeddah où elle a grandi dans une famille conservatrice, au toit du monde, Raha Moharrak revient sur ses aventures et ses rêves étoilés.

Qu’est-ce qui pousse une designer à gravir les plus hauts sommets de la planète ?

Je suis quelqu’un de particulièrement têtue. La meilleure manière de me convaincre de faire quelque chose est de me dire que je ne peux pas le faire, ou que je n’ai pas le droit de le faire. Et c’est exactement ce qui est arrivé. On m’a dit que je ne pouvais pas gravir cette montagne, que je ne devrais pas l’escalader, que ce n’est pas ce que les filles d’ici font. Je n’ai pas pour principe de vivre selon les règles des autres. Et cela a été le principal moteur de cette ascension : vouloir me prouver que je suis capable de le faire et prouver aux autres que je suis plus que ce qu’ils voient. Et quelle meilleure façon de les contredire que de grimper au sommet du monde.

On dit que vous avez été élevée par une famille plutôt conservatrice. Avez-vous dû les convaincre de vous laisser accomplir vos ambitions ?

Le mot « convaincre » est un euphémisme. Je ne devais pas simplement les convaincre. Je devais changer leur façon-même de penser. Imaginez la réaction d’un père saoudien face à sa fille – pas son fils, mais sa fille – lui demandant si elle pouvait gravir la plus haute montagne du monde. Ce n’était pas facile au début. Il ne comprenait pas pourquoi je voulais faire cela. Je pense même qu’il ne le comprend toujours pas aujourd’hui. Mais après de nombreux débats et disputes, il m’a regardé et a dit: « Je ne comprends pas pourquoi tu fais ça, mais je comprends que tu en aies besoin ».

J‘ai été accueillie avec autant d’éloges que de critiques

Vous avez atteint l’Everest avec un groupe de 10 Saoudiennes, dont la Princesse Reema qui a orchestré l’initiative. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

J’ai vraiment beaucoup aimé cette expérience, parce que c’était l’une des premières fois que je devais représenter mon pays. J’ai également mis la lumière sur un problème qui devait être soulevé. Et surtout, j’ai rencontré la Princesse Reema, qui occupe désormais une position très importante en rapport avec des sujets cruciaux pour la société saoudienne : le sport et les femmes. C’est au cours de cette ascension que j’ai vu l’Everest et que je suis tombée amoureuse de cette montagne. Ma mère me taquine souvent en me disant : « J’espère qu’un jour tu regarderas ta mère de la même façon que tu regardes cette montagne. »

Comment les Saoudiens ont-ils accueilli votre succès ?

Comme tous les pionnières et rebelles, j’ai été accueillie avec autant d’éloges que de critiques. Je n’en attendais pas moins des hommes et des femmes de mon pays… Mais j’apprécie les deux faces de la médaille. Parce que même mes opposants ne peuvent pas nier mon existence. Même les Saoudiens avec lesquels je ne suis pas d’accord ne peuvent nier qu’une femme saoudienne ait atteint le sommet du monde. C’est quelque chose de puissant.

Avez-vous eu un modèle qui a inspiré vos réalisations ?

Outre les grandes figures que nous avons maintenant, j’ai grandi en idéalisant les gens autour de moi : ma mère, ma sœur, mon père aussi… Parfois, les meilleures idoles sont les membres de votre famille. Je trouve également de l’inspiration dans tous les recoins de la vie quotidienne. Le sourire d’un étranger peut m’inspirer, ou quelqu’un comme la Reine Rania (de Jordanie). Mon cœur est ouvert à l’inspiration. Ce n’est pas tant de trouver un modèle qui a été périlleux, mais plutôt en trouver un qui me ressemblait : sportif, arabe, musulman et saoudien.

Mon rêve a toujours été d’atteindre les étoiles, de trouver un moyen d’aller dans l’espace.

Après l’Everest, quel est votre prochain objectif ?

Vous sous-estimeriez ma folie et mon amour de l’aventure, si vous pensiez que l’Everest est l’objectif le plus dingue que je me suis donnée. Mon rêve a toujours été d’atteindre les étoiles, de trouver un moyen d’aller dans l’espace. Peut-être que l’Everest était, pour moi, juste l’endroit le plus proche pour toucher le ciel. Mais plus tangiblement, j’espère enfin pouvoir publier le livre que j’écris depuis deux ans. C’est un défi, encore plus décourageant que les vraies montagnes. D’une certaine façon, c’est ma montagne émotionnelle. J’espère pouvoir raconter mon histoire d’une manière qui pourrait toucher le cœur et l’esprit de plus de gens.

Pourriez-vous nous en dire plus sur ce livre ?

C’est ce qu’on appelle un livre, mais en réalité, il s’agit d’une lettre de remerciement tardive à mes parents et, espérons-le, un phare pour toutes les petites filles rebelles de ma région, mais aussi dans le le monde. Il est censé montrer l’exemple, expliquer que si vous voulez réellement quelque chose, vous devez vous battre et travailler pour cela… Ce n’est pas facile, vous ne pouvez pas toujours obtenir ce que vous voulez, et cela implique beaucoup de douleur et de souffrance pour l’obtenir. Mais si une femme saoudienne a pu un jour se tenir au sommet du monde, alors aucun rêve n’est hors de portée.

« Always find a reason to smile,life’s too short to be pissed all the time »

Une publication partagée par Living Curiously (@rahamoharrak) le