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Shaneikiah Bickham , coach et co-fondatrice de la première équipe de Roller derby en Egypte

Depuis 12 ans, l’Egypte possède sa propre équipe de roller derby féminine. Un sport de contact qui peut surprendre dans un pays patriarcal, mais survit pourtant depuis huit ans.

L’idée de créer une équipe de roller derby féminine en Egypte remonte à 2011, en plein tumulte des printemps arabes. Deux professeures américaines travaillant Caire, décident alors d’importer ce sport en Egypte. À force de bouche-à-oreille, l première équipe est fondée au Caire un an plus tard, et l’aventure des Cairollers peut enfin commencer. Depuis, si le club n’a pas encore joué beaucoup de matchs officiels, il persiste et signe son engagement dans l’empowerment des femmes en Égypte. Rencontre avec l’une des co-fondatrices de l’équipe et coach, Shaneikiah Bickham.

 

Comment êtes-vous parvenue à créer votre équipe de roller derby, et à quoi ressemble-t-elle aujourd’hui?

Nous avons commencé en faisant de la publicité parmi notre cercle d’amis, à Angie Malone-Kaster et moi. Mais cela nous a pris un an avant de vraiment constituer notre équipe qui était alors composée d’une moitié d’expatriées, et d’une moitié d’Egyptiennes. Nos premières apparitions dans les médias nous ont ensuite permis de recruter en dehors de notre périmètre. Le club comprend aujourd’hui une quarantaine de personnes environ, dont 15 patineuses qui font partie de l’équipe, et 5 personnes que nous appelons la “viande fraîche” et représentent les nouvelles recrues. Dans l’équipe, 5 filles sont dédiées à l’entraînement des nouveaux membres jusqu’à ce que ces dernières puissent jouer.

 

Quel a été le plus difficile sur le chemin ?

Étrangement, c’est surtout la logistique qui a été la partie la plus difficile. Nous devons tout acheter de l’étranger, ce qui peut être très cher. Et même dans le cas où certaines filles avaient déjà leurs patins, ils fallait encore trouver un endroit où s’entraîner. Au début, nous faisions nos entraînements sur le terrain de basket de notre école, puis dans quelques clubs de sport, à chaque fois c’était un défi pour trouver un lieu.

 

#A_fricanGoodTime First African roller derby tournament!!

Posted by Shaneikiah Bickham on Monday, March 16, 2020

 

Comment parvenez-vous à survivre financièrement et à fournir l’équipement nécessaire à celles qui n’en auraient pas les moyens?

Heureusement, nous avons pu compter sur beaucoup de donations d’équipement. Quand une nouvelle personne débute dans le roller derby, généralement elle loue celui d’un membre de l’équipe jusqu’à ce qu’elle ait suffisamment économisé pour s’acheter les siens. La plupart finissent par acheter leur équipement sur Amazon et redonnent leur matériel de location à l’équipe. Nous payons aussi un abonnement mensuel qui sert à la location d’un lieu d’entraînement, à la création de t-shirts et du reste.

 

Ça n’a pas été difficile à faire accepter en Egypte?

Quand j’ai annoncé à mes collègues que j’allais lancer une équipe de roller derby en Egypte, ils m’ont tous regardé avec surprise et demandé si les filles allaient être autorisées à en faire. Ils s’inquiétaient surtout des risques et se demandaient si ce sport serait accepté dans ce pays. La vérité est qu’il l’a été. Nous sommes passées à la télévision égyptienne, sur Cairoscene qui est l’équivalent de Buzzfeed, et aussi lors apparitions publiques. Nous créons de l’impact et des filles qui vivent à l’extérieur du Caire nous contactent pour savoir s’il y a des équipes dans leur ville, comme à Alexandrie par exemple.

 

En quoi le roller derby est un sport d’empowerment?

J’ai joué pour quatre différentes clubs incluant Cairollers et j’ai toujours ressenti cette sororité du roller derby. Il comprend à la fois une dimension sportive car c’est une activité cardio très compétitive, mais permet aussi une connexion sociale très importante. Pour avoir un club qui fonctionne, cela demande du temps et de l’endurance. Nous passons beaucoup de temps ensemble à nous entraîner, communiquer mais aussi faire des levées de fond. Toutes ces activités créent du lien et cette ADN de notre club, très du Do It Yourself est très féministe en soi. Il s’agit d’une équipe qui se bat pour quelque-chose, et c’est ce que le roller derby incarne. Si des gens pensent que les femmes sont moins bonnes en sport que les hommes, en les voyant jouer au roller derby qui consiste justement à se blesser, tomber et transpirer, cela change les perceptions.

 

 

En tant que joueuse, mais aussi en tant que coach, qu’est-ce que cette équipe de roller Derby égyptienne vous a apporté?

Beaucoup. J’ai perdu ma mère il y a deux ans et mon équipe s’est rassemblée autour de moi pour s’assurer que j’allais bien. Un peu plus tard quand j’étais à l’hôpital cette fois pour des complications suite à une contraception, une fois de plus mon équipe est venue à mon chevet pour s’assurer que je n’étais pas seule. Cette équipe est devenue une vraie famille, et m’a permis de survivre en Égypte. Je suis très fière d’être sa co-fondatrice très excitée de pouvoir la faire grandir chaque jour et de l’amener un jour à être au top de ses capacités. J’aime voir ces femmes heureuse sur le terrain, cela me nourrit personnellement.