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Soeurs, une histoire familiale sur l’Algérie

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Le nouveau film de Yamina Benguigui, porté par un casting impressionnant, propose l’histoire familiale de trois sœurs qui se sont vues enlever leur jeune frère par leur père. Jouant sur les genres, Soeur est une auto-fiction, s’inspirant à la fois du documentaire et de la fiction.

Le nouveau film de Yamina Benguigui est sorti en salle le 30 juin dernier. Soeurs, avec à l’affiche Isabelle Adjani, Rachida Brakni et Maïwenn, évoque la relation compliquée de trois soeurs qui espèrent retrouver leur frère enlevé il y a 30 ans par leur père en Algérie, qui décident donc de rentrer ensemble sur leurs terres natales pour essayer de le voir alors que le pays est en train d’entrer en révolution.

Qui est Yamina Benguigui ?

Auteure de nombreux films et documentaires sur l’immigration depuis le Maghreb, Yamina Benguigui est une algérienne née en France. Elle s’est illustrée pour son militantisme, notamment lorsqu’elle a été déléguée au Ministère des Affaires étrangères et assistante à la Mairie du 20e arrondissement de Paris. Soeurs est un film inspiré de son histoire familiale : deux de ses frères et sœurs ont été enlevés par leur père – mais elle a eu l’occasion de les retrouver depuis.

Un regard féminin

Yamina Benguigui choisit d’évoquer sa propre expérience sur l’immigration, en prenant le regard que trois femmes posent sur leur pays d’origine. Les femmes sont au cœur de l’action militante, tant en France par le personnage d’Isabelle Adjani qui monte une pièce de théâtre sur sa propre histoire qu’en Algérie par Soumaya qui participe aux premières manifestations du printemps arabe.

 

 

Un jeu de mise en abyme

L’autre originalité du film est ses nombreux jeux avec le spectateur, nous rappelant constamment les enjeux d’un tel projet. En effet, l’aîné de la fratrie, Zorah, monte une pièce qui évoque l’histoire du film. La réaction violente de sa mère et de sa jeune sœur suggère l’importance du projet pour la réalisatrice : elle place ses propres réflexions dans la bouche de Norah, jouée par Maïwenn, qui rappelle la dimension cathartique de voir ses propres traumatismes sur scène. Cette mise en abîme est portée par les jeunes actrices, qui jouent à la fois dans la pièce de Zorah et dans les flashbacks de leur enfance.

Une perspective historique

“Les événements » d’Algérie sont omniprésents : les parents ont combattu en Algérie, et ont voulu faire de leurs filles de vraies combattantes. Yamina Benguigui souhaite donc évoquer une guerre dont la mémoire est encore victime d’un certain tabou, d’une peur de trahir l’expérience de ceux qui l’ont vécu. Elle a d’ailleurs dit que si elle travaille sur le scénario depuis 2009, elle a toujours été “hantée par cette idée de trahir”.

 

Il s’agit d’un film plein d’humour et d’émotion, qui nous fait sourire quand il évoque le voyage sportif à la Mecque des retraités obèses d’un village payé aux frais du contribuable et nous tire un larme face à la difficulté que ces femmes ont à se reconstruire après avoir perdu leur frère.