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Au Liban, une association redonne la dignité aux Libanais pendant la crise

La révolution anti-corruption démarrée en octobre dernier au Liban réclamait la dignité pour le peuple, des principes dont l’association Beit el Baraka se fait l’incarnation en venant en aide financière aux Libanais en difficultés pendant la crise.

Maya Chams Ibrahimchah n’était pas prédestinée à travailler dans la charité. Après des études en sciences politiques et droit international, elle a travaillé dans le marketing et l’audiovisuel. Un jour, alors qu’elle se fait une course à Bourj Hammoud, quartier du nord de Beyrouth, son chemin croise celui d’une vieille dame. « J’ai été intriguée par cette femme car elle était très élégante, assise avec ses valises, de beaux bagages, raconte-t-elle. Cette femme n’avait vraiment rien d’une SDF. Elle était très coquette, bien apprêtée. Avec le temps, elle m’a raconté son histoire et j’ai découvert qu’elle avait été professeur de cinéma pendant des années et que sa retraite ne lui permettait tout bonnement pas de survivre ». Un déclic qui pousse Maya à agir et fonder Beit el Baraka en 2018, une association qui vient en aide aux Libanais défavorisés.

Restaurer la dignité des libanais défavorisés

Dans un pays à la population vieillissante, les retraites du secteur privé sont souvent trop faibles pour permettre aux personnes âgées de couvrir leurs dépenses jusqu’à la fin de leur vie. Afin de leur venir en aide, Beit el Baraka a mis en place un supermarché bio totalement gratuit. « La plupart de nos bénéficiaires ont travaillé toute leur vie et n’arrivent juste plus à joindre les deux bouts aujourd’hui, explique Maya. Cela me faisait mal au coeur de leur imposer des repas. Je pense vraiment que la liberté et l’autonomie sont à la base de la dignité. Le supermarché leur permet ainsi de choisir ce qu’ils veulent et de payer avec un système de points ». Une dignité au coeur de la démarche de l’association qui participe également au paiement des frais médicaux ainsi qu’à la réhabilitation de logements insalubres à travers la récupération des matériaux de chantier et un réseau d’ingénieurs et architectes bénévoles. « Un jour, je suis allée chercher chez elle une de nos bénéficiaires qui devait faire sa dialyse à l’hôpital, en entrant dans son appartement j’ai découvert un autre monde, se souvient-elle. Il n’y avait pas d’électricité et je pouvais sentir la moisissure sous mes pas. Je trouvais ça fou de réaliser que des libanais puissent vivre dans ces conditions. »

Favoriser l’autonomie et l’agriculture durable

Une vision de l’humanitaire intégrée que Maya compte bien inscrire dans la durée à travers le développement de projets agricoles et durables : « Alors que le Liban est une terre agricole à 75%, seulement 25% sont actuellement cultivées. Le Liban est totalement noyé dans ses importations et même le houmous qui fait partie de notre cuisine nationale, provient d’autres pays au Moyen-Orient ». Sur des terrains généreusement légués par des donateurs, Beit el Baraka a mis en place un système de permaculture élaboré dans lequel elle puise les produits qu’elle distribue à ses bénéficiaires : « Aujourd’hui, nous cultivons des salades, des fèves, des lentilles, nous avons aussi 200 poules, 125 chèvres pour le lait et le fromage, des arbres fruitiers et des ruches d’abeilles. Des produits biologiques que nous distribuons gratuitement à des familles dans le besoin ». Des fermes biologiques que Maya souhaite rendre collective en les mettant à disposition de fermiers alentours pour leur créer plus d’opportunités, mais aussi transformer en ateliers cuisine en invitant des grands chefs libanais pour partager des recettes..

Des besoins croissants depuis la crise du coronavirus

Une activité qui a dû redoubler d’efforts depuis le début de la crise du coronavirus, qui a vu le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, passer de 8 à 20%. La situation a même conduit à des manifestations à Tripoli et dans certains quartiers Sud de Beyrouth où la population affamée a brisé le couvre-feu. « Lorsque notre premier ministre a annoncé le couvre-feu, il a dit au peuple libanais de rester chez lui sans fournir de plan d’aide ou de soutien alimentaire au plus d’1.2 millions de libanais vivant avec moins de 5 dollars par jour, je me suis dit qu’il fallait qu’on fasse quelque-chose », admet Maya.

Avec le soutien de l’armée libanaise et d’autres ONGs, elle organise alors la distribution de 50 000 caisses alimentaires à destination des familles dans le besoin. Une mission coûteuse qui nécessite la stérilisation du dépôt, celle des véhicules, l’achat d’équipement de protection pour le personnel et qu’elle parvient à réaliser à 90% grâce au soutien de la diaspora libanaise à l’étranger.  » Quand vous êtes dans la charité, il y a certains petits miracles qui se produisent et font que vous ne vous retrouvez jamais dans le besoin. C’est sûrement les ondes positives que vous diffusez qui font que vous attirez les bonnes personnes, qui vous soutiennent financièrement. » Dans ces caisses, on peut trouver des graines, de quoi semler une liberté durable pour ses bénéficiaires qui pourront ainsi développer leur propre lopin de jardin.