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Ossama Muslim : “Je pense que les femmes font de meilleures héroïnes de roman”

Depuis toujours le fantastique n’a cessé de peupler le milieu littéraire. En s’affranchissant des frontières du réel, il offre un véritable espace de liberté aux lecteurs, dans un monde où la puissance de l’imaginaire l’emporte sur la réalité. C’est notamment le cas en Arabie saoudite où le jeune auteur Ossama Muslim s’est récemment fait remarqué en se hissant parmi les top ventes du royaume avec “Les Jardins d’Arabistan”, une trilogie peuplée de djinns et de sorciers.

Les succès littéraires d’Harry Potter ou de la trilogie du seigneur des anneaux illustrent la capacité du genre fantastique et de la science-fiction à captiver les foules. En créant des mondes parallèles d’apparence éloignés des nôtres, ils permettent finalement d’en dire beaucoup sur nos sociétés actuelles et de leurs potentielles dérives. 

En Arabie saoudite, Ossama Muslim fait parmi de cette vague de jeunes auteurs qui s’inscrivent dans la mouvance fantastique littéraire du pays. Il a écrit trois livres entre 2015 et 2017. Son premier opus La Peur (Khawf) a obtenu la neuvième place des meilleures ventes de la librairie Jarir, un équivalent de la Fnac française et son second Les Jardins d’Arabistan, en est à sa dixième édition. Des oeuvres habités par des démons et sorcières, ce que lui vaut la critique des religieux. Rencontre

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir écrivain ?

Cela a commencé très jeune. Dès 5 ans je dessinais sur des morceaux de papier, puis vers 9 ans j’ai commencé à écrire des lettres pour exprimer mes sentiments. Mais ce n’était pas suffisant, alors j’ai commencé à créer des mondes dans lesquels je voulais vivre avec des personnes avec lesquels j’aurais aimé interagir. Je ne me vois toujours pas comme un écrivain aujourd’hui. J’ai simplement partagé mes fantasmes avec d’autres en publiant ce que j’écrivais et apparemment, les gens ont aimé vivre avec moi dans ces mondes.

Qu’est-ce qui vous attire le plus dans l’écriture ?

La capacité de s’échapper… c’est sûrement ce que j’aime le plus dans l’écriture. Quand j’écris, je me téléporte dans un autre monde que j’ai l’impression de pouvoir contrôler. Ecrire me permet de me connaître un peu mieux à chaque fois. Je sens que j’ai une sorte de pouvoir divin de contrôler et manipuler les vies de mes personnages. C’est un sentiment grisant dont je deviens de plus en plus accro à chaque fois que j’écris.

Pourquoi avoir choisi la science-fiction plutôt qu’un autre genre littéraire ?

Comme je l’ai dit précédemment, le fantastique m’a fourni un portail pour sortir de mon propre monde et expérimenter différents sentiments. Je n’ai jamais choisi de me tourner vers le fantastique, mais j’ai naturellement aimé la liberté qu’il me donnait d’inventer ce que je voulais en s’affranchissant des frontières. La liberté fut sûrement le premier appât qui m’a attiré à l’écriture fantastique. J’aime penser que le fantastique m’a choisi plus que je ne l’ai choisi.

Qu’est ce qui vous a inspiré Les Jardins d’Arabistan, votre deuxième livre à succès ? 

Ce fut la lecture des Mille et une nuits. Ce livre a eu un impact majeur sur moi, j’en ai aimé chaque aspect et voulait lire plus de cette magie qu’on y trouve. Mais à ma grande surprise, il n’y avait pas de littérature qui se rapprochait assez de cette série merveilleuse. Donc j’ai fait ce que je fais toujours quand je ne trouve pas quelque-chose, je l’ai créé moi même.

Pourquoi avoir choisi deux personnages principaux féminins ?

Les femmes ont toujours été les personnages principaux de mes nouvelles et cela s’explique principalement par le fait la plupart de les rôles modèles qui m’ont inspiré dans la vie ont souvent été des femmes fortes. Je pense que les femmes ont de meilleures qualités pour être des héroïnes de roman.

Comment expliquez-vous le succès de ce livre auprès du public féminin en particulier ?

Tous ceux qui veulent échapper la réalité sont susceptibles d’aimer mes livres. Je pense que le fait d’avoir mis en avant les femmes dans mon travail est un facteur majeur qui explique que la plupart de mes lecteurs soient des femmes. Présenter des héroïnes féminines était quasi inexistant dans la littérature arabe, ce qui m’a d’ailleurs dérangé pendant longtemps et que j’essaie aujourd’hui de changer.

Vous faites partie de la ligue arabe pour les auteurs de science-fiction. Pouvez-vous nous en parler ?

Cette ligue a été créée il y a deux ans car plusieurs écrivains de science fiction, d’horreur et de fantastique ont réalisé que leur domaine d’écriture était mal représenté malgré la croissance de ses fans. Au début, c’était une simple idée que mon ami et écrivain fantastique Ibrahim Abbas, a pitché à d’autres écrivains. J’en faisais partie et nous avons tous accepté de rejoindre cette ligue que nous avons rendue officielle en participant à une signature groupée à Jeddah. Aucune publication officielle n’a été faite à travers la ligue à ce jour, mais l’union existe toujours pour soutenir les auteurs de science-fiction et d’horreur.