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Oualid Mouaness : “le cinéma est comme la littérature, un reflet de l’état du monde et de l’humanité”

Il vient de recevoir le prix Netpac pour la promotion du film asiatique pacifique au dernier festival du film international de Toronto avec son premier long métrage 1982, opus qu’il présente également pour la première fois au Moyen-Orient au festival El Gouna en Egypte. Retour sur le parcours de Oualid Mouaness, un réalisateur éclectique.

Oualid Mouaness adore le cinéma. Il l’aime tellement qu’il a décidé d’en explorer toutes les facettes. De l’écriture scénaristique à la réalisation en passant par la production et au montage, rien ne lui échappe. Après des études au Liban puis l’obtention d’un Master des beaux arts en réalisation et écriture de films de l’Université de Floride, c’est par la production qu’il commence le métier en réalisant les vidéoclips de plusieurs célébrités aux Etats-Unis comme Rihanna, David Bowie ou Drake mais aussi des publicités commerciales.

Il produit également des courts métrages et documentaires parmi lesquels Rize de David Lachapelle (Sundance 2005) et Paris, Not France (Toronto 2008) sur la vie de Paris Hilton. Avec 1982, c’est cette fois en tant que réalisateur et scénariste qu’il livre une histoire de guerre et d’amour, inspirée de sa propre vie. Celle d’un petit garçon qui souhaite déclarer sa flamme à une camarade de classe lors du dernier jour de classe, alors qu’au même moment les bombardements s’abattent sur Beyrouth.

 

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Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce monde du cinéma?

J’ai toujours voulu raconter des histoires et j’aime le format cinématographique. Je pense que tout va très vite aujourd’hui et que les gens sont de moins en moins intéressés par la lecture. Pour moi, le cinéma c’est justement de la littérature. Une réflexion sur l’état du monde et de l’humanité. Alors quand je suis parti vivre à Los Angeles, j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de facettes dans cette industrie et j’ai voulu toutes les explorer.

Quand est venu l’idée de 1982?

Cette histoire est basée sur ma dernière journée d’école au Liban en 1982. Trois semaines après, je suis retourné avec ma famille au Libéria, et nous ne sommes pas revenus au Liban pendant quatre ans. C’est un souvenir qui est resté gravé dans ma mémoire et que j’ai toujours voulu raconter. Même si la guerre civile avait déjà commencé au Liban quelques années auparavant (1976), elle n’avait lieu que dans certaines zones bien spécifiques mais cette fois nous ne pouvions plus l’ignorer. Plus personne ne pouvait cacher la réalité qui se déroulait désormais sous nos yeux. C’était évident: dans le ciel et dans le bruit inoubliable des avions de chasse. Je voulais documenter cela.

Pourquoi avoir choisir de tourner ce film dans une seule unité d’espace: l’école?

En tant que réalisateur, je voulais établir une vérité émotionnelle en étant honnête sur tout ce que j’avais vécu à ce moment là. J’avais dix ans à l’époque et j’étais à l’école. J’ai voulu montrer mon point de vue d’enfant de l’époque et la panique des adultes que j’ai pu observer autour de moi.

Il vous a fallu 8 ans pour terminer ce film. Quel était le plus difficile?

Le financement fut le plus compliqué. A la fin de 2012, j’avais déjà bien avancé avec le scénario mais obtenir les fonds suffisants était difficile car c’est un film libanais et les personnes le percevait souvent comme un film de guerre ou un film d’enfants. Aussi, nous avions la contrainte de tourner durant les vacances scolaires donc si je ne parvenais pas à obtenir les financements au bon moment, tout était reporté à l’année suivante.

Comment avez convaincu Nadine Labaki de rejoindre le casting du film?

J’ai parlé de 1982 à Nadine en 2013 et elle a beaucoup aimé le projet. Je pense qu’elle s’est identifiée au personnage, et puis elle a également vécu cette période. Entre temps, j’ai vu ses performances sur d’autres films, elle est devenue une mère, et tous ces éléments continuaient de me dire qu’elle était parfaite pour le film. Quand il a enfin pu se faire, je l’ai recontactée pour lui demander si elle voulait toujours participer au film après toutes ces années et elle a immédiatement accepté.

Etait-ce difficile de tourner avec des enfants?

Ce fut un long parcours mais nous nous sommes beaucoup amusés. Nous avons auditionné plus de 700 enfants parmi lesquels nous en avons choisi 25 qui avaient tous le potentiel pour incarner le rôle principal. L’enjeu majeur du casting était aussi de trouver les bons parents, car à la fin ils devaient être ouverts sur ce qu’on allait leur demander. Puis, quand nous avons commencé le tournage, j’ai dû apprendre à entrer dans l’univers des enfants. Au final, j’ai ai beaucoup appris sur moi même.