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Au Liban et en Égypte, les cryptomonnaies comme remèdes à la crise

En pleine pandémie et alors que l’économie mondiale s’effondre, les citoyens de certains pays se penchent de plus en plus sur le bitcoin et les cryptomonnaies afin de surmonter la crise. C’est notamment le cas au Liban et en Égypte où l’intérêt pour les crypto-actifs s’est enflammé ces derniers mois.

En février dernier, le patron de Tesla annonçait l’investissement de 1,5 milliards de dollars dans le bitcoin. Une nouvelle qui n’a pas tardé à faire monter en flèche le cours de la cryptodevise qui est alors passée de 39000 à 57000 dollars en quelques jours seulement. Une frénésie partagée par beaucoup de Libanais qui sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à la célèbre cryptomonnaie qu’ils voient comme un moyen de contourner les lourdes restrictions imposées par les banques depuis la crise bancaire de 2020.

Contourner les limitations bancaires

Le volume des transactions en bitcoin a triplé depuis la crise bancaire Libanaise de 2020 et la dépréciation historique de sa devise nationale, comme l’explique au Commerce du Levant Marcel Younes, créateur de “Bitcoin du Liban”, la plus grande communauté de crypto-actifs sur Télégram, «Sur notre groupe, le volume des transactions représente désormais entre 2 et 3 millions de dollars par mois, contre un million avant la crise…..La communauté est en plein essor, on est passé de 200 à 1700 membres en moins d’un an, avec une nette accélération ces trois derniers mois».

Un engouement qui s’explique par les restrictions informelles que les banques libanaises, à court de liquidités, dans un pays où la dette nationale représente désormais 160% du PIB. Les cryptomonnaies apparaissent alors comme un moyen d’envoyer des sommes importantes d’argent sans aucune restriction, ce qui en fait un recours largement emprunté par les Libanais de la diaspora qui veulent faire parvenir de l’argent au Liban en évitant les frais élevés de transferts imposés par le système bancaire traditionnel. Un phénomène accru depuis la terrible explosion qui a ravagé Beyrouth le 4 août dernier, et qui a donné naissance à Un fond de soutien crypto pour l’exposion de Beyrouth, une plateforme qui permet d’effectuer des dons à des associations locales en crypto-monnaies et ainsi de s’assurer que l’argent est acheminé au bon destinataire sans coûter trop cher. Fondé par trois jeunes libanais, ce système a déjà permis de récolter plus de 11 000 dollars.

Devenu la mascotte de l’idéal libertarien, le bitcoin est né en 2008, au lendemain de la crise des subprimes, et consiste par essence en un système monétaire virtuel décentralisé, permettant de se défaire de la dépendance du système financier traditionnel lors d’une transaction. Une nature qui lui garantit un certain succès en période de crise économique, et prend tout son sens dans un pays comme le Liban où une grande déficience envers les institutions bancaires et politiques a gagné les citoyens depuis la crise économique et la révolution qui a suivi fin 2020, comme l’illustre un jeune trader de bitcoin sur Al Jazeera “ Si tu te bas pour un monde où le bitcoin est la monnaie principale, tu te bats pour la fin de tous les gouvernements” et de rajouter “Nous avons la séparation de l’État et de l’Église, aujourd’hui avec le bitcoin nous marchons vers celle de l’argent et de l’État.”

Une valeur refuge pour se protéger de l’inflation

Internationalement, le bitcoin apparaît aussi comme une manière de se prémunir contre l’inflation causée par les politiques des banques centrales car l’émission du crypto-actif s’effectue par une technologie du minage pair-à-pair, dont le plafond est prévu à 21 millions d’unités: «Le Bitcoin est limité dans l’offre alors que la demande ne cesse de croître, ce qui fait de lui une monnaie à tendance déflationniste, dont le cours a tendance à s’apprécier, comme un équivalent numérique de l’or», explique au Commerce du Levant Mahmood Dgheim, un trader de bitcoin depuis 2015. C’est aussi le cas en Égypte où les inscriptions sur la plateforme d’échange de cryptomonnaie britannique CEX.IO (plus de 3 millions d’utilisateurs) ont augmenté de 250% de septembre à décembre dernier, selon le site spécialisé CoinDesk. Une augmentation surprenante quand on connaît les réticences du gouvernement égyptien envers les cryptomonnaies. Le grand Mufti d’Égypte les a interdit en 2018, les jugeant contraire à la loi islamique, en raison de l’opacité de ses échanges et des risques de blanchiment d’argent, d’évasion fiscale ou de financement d’autres activités illégales. Une mesure rapidement suivie au niveau de l’État en septembre 2020, avec la mise en place d’une loi bancaire de la banque centrale égyptienne (ECB) interdisant l’émission de monnaies virtuelles et leur commerce sans l’obtention d’une licence officielle. Une interdiction qui n’a pourtant pas arrêté les Égyptiens d’acheter des cryptos, surtout depuis la pandémie qui a accéléré les pressions sur l’économie nationale et augmenté le besoin de revenus alternatifs pour les citoyens égyptiens, comme l’explique le site Blomberg dans un email à CoinDesk “ La plupart de nos utilisateurs égyptiens sont relativement jeunes (moins de 34 ans) et recherchent des revenus additionnels à travers le trading ou l’économie….”.

Une manne pour des milliers de jeunes de ce pays où le taux de chômage est de 30%, qui voient dans le trading et le minage de monnaies virtuelles une opportunité de se faire de l’argent sans trop de capital à l’entrée.