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Idir : une icône berbère

Idir, le musicien algérien aimé pour sa voix particulière et son dévouement sans faille à la préservation de la culture et des identités berbères et kabyles, est décédé ce samedi à Paris, des suites d'une maladie pulmonaire. KAWA retrace le parcours d’une icône de la culture berbère dans le monde.

Trésor national de son pays natal, l’Algérie, le musicien Idir s’est éteint ce samedi à Paris des suites d’une maladie pulmonaire. Le monde se souviendra du génie de l’artiste mais aussi de l’homme qui a honoré ses racines berbères par un lyrisme conscient et des instruments traditionnels, sans se départir de l’idée de l’unité et de l’appréciation de « l’autre ».

 

 

Né en 1949 près de Tizi Ouzou, la capitale de la Kabylie, Hamid Cheriet – de son vrai nom – est en passe de devenir géologue lorsque son parcours prend un tournant décisif. Un hasard le conduisait en effet, en 1973, à remplacer à la dernière minute un artiste programmé en direct sur une radio nationale algérienne. Son interprétation transporte les auditeurs. Sa carrière est lancée.

Durant toute celle-ci, Idir refuse de se soustraire aux traditions orales riches et complexes de la culture berbère, malgré son statut minoritaire souvent contesté au sein de la nation algérienne. Sa voix apaisante, ses cordes acoustiques et sa fierté culturelle résonnera à l’intérieur et au-delà des frontières de l’Algérie, s’élevant au rang de symbole de la diversité musicale tant désirée.

 

 

En 1975, il s’installe en France pour enregistrer ses premiers disques. Dans l’Hexagone, ses chansons contribuent à mettre en lumière, avec charme et sans détour, sa communauté berbère sous-représentée et sous-estimée.

L’année suivante, son premier album « A Vava Inouva » voit le jour. L’opus articule son message autour de la vie quotidienne et la culture de l’Algérie rurale, contée comme dans une fable.

Au-delà de la fierté berbère : son plaidoyer pour le multiculturalisme

Son deuxième album, Identités, ne sortira qu’en 1999. Comme pour célébrer le multiculturalisme il s’entoure, pour ce projet, de plusieurs grand noms de la scène française et internationale : Manu Chao, Charles Aznavour, Maxime Le Forestier, Gnawa Diffusion, Zebda, Gilles Servat et Geoffrey Oryema… Le tout rehaussé par les sons de l’Orchestre parisien de Barbès.

 

Dans la continuité de son esprit éveillé et engagé, en 2007, son album « La France des couleurs« , ode aux minorités, sort en pleine élection présidentielle française, dominée par les débats passionnés sur l‘immigration et l’identité.

Après 38 ans d’absence sur scène, Idir retourne à Alger en janvier 2018 pour se produire au Nouvel An berbère « Yennayer ». Son spectacle, dont la direction artistique a été soigneusement choisie, revêt un clin d’oeil aux soulèvements populaires qui ont conduit à la démission du leader de longue date Abdelaziz Bouteflika.

« J’ai tout aimé dans ces manifestations : l’intelligence de ces jeunes, leur humour, leur détermination à rester pacifiques« , déclare-t-il en avril 2019. J’avoue que ces moments ont été comme une bouffée d’air frais. Et comme j’ai une fibrose pulmonaire, je sais de quoi je parle ».