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Barrack Rima “ Dans le taxi, c’est un retour à mon enfance, à mes racines et à mes blessures.”

Après la célèbre Trilogie de Beyrouth, le bédéiste libanais Barrack Rima revient cette fois avec Dans le taxi, un roman graphique hommage à son enfance et sa ville natale: Tripoli.

Né en 1972 à Tripoli, Barrack Rima a étudié la bande dessinée et l’illustration à l’Académie Royale des Beaux Arts de Bruxelles ainsi que le cinéma. Bédéiste et cinéaste, il a aussi été dessinateur de presse au sein de médias libanais et belges. Membre du comité de rédaction de la revue de comics libanaise Samandal, Il s’est notamment fait connaître avec Beyrouth la Trilogie, trois romans graphiques réalisés en 1995 et 2017 qui exposent ses liens conflictuels avec son pays natal. Dès janvier 2021 en librairie, il sortira aux éditions Alifbata Dans le taxi, une œuvre plus intime que les précédentes où ce dernier partage ses traumatismes d’enfance, ses questions sur la sexualité dans une histoire énigmatique naviguant dans un univers chimérique et psychanalytique.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la bande dessinée?

C’est difficile à dire. Le dessin a été une envie, une nécessité depuis que je suis enfant. J’ai toujours su que j’aimais dessiner et raconter des histoires, ce qui m’a amené à faire de la BD et du cinéma qui sont tous les deux des  arts  mêlant à la fois l’image et le récit.

Quels auteurs t’ont inspiré?

Dans mon parcours, j’ai appris de beaucoup d’auteurs parmi lesquels Alberto Breccia, un auteur de bande dessinée et dessinateur argentin qui m’a appris les multiples épaisseurs du noir, du blanc et des gris.. Louis Josse est un auteur de bande dessinée belge qui était  aussi mon professeur à l’Université m’a appris à aller à l’essentiel. Edmond Baudoin est un auteur français qui m’a appris la générosité, la tendresse et la beauté du trait, une forme de sagesse.

Tu t’es fait connaître avec Beyrouth la Trilogie. Qu’est-ce que tu voulais raconter sur la ville quand tu as sorti le premier opus?

Beyrouth la trilogie comporte Beyrouth, Beyrouth Bye Bye et Beyrouth Rewind. J’ai écrit chacun d’entre eux à trois périodes différentes de ma vie. Le premier était mon travail de fin d’études à l’académie des beaux arts de Bruxelles. C’était en 1995, j’étais un étudiant en Belgique et j’avais déjà quitté le Liban depuis quelques années. La guerre civile venait de se terminer et plein de libanais retournaient au pays pour participer à la reconstruction. Le livre était porteur de cet espoir de cette époque où tout était possible. Le deuxième opus se déroule vingt ans après et est beaucoup plus pessimiste, je disais que  je ne voulais plus rien avoir avec cette ville. Puis deux ans après, c’était un retour en arrière qui disait que je ne pouvais pas quitter cette ville comme ça. 

En janvier prochain, tu sors Dans le taxi, un ouvrage plus intime que le précédent qui se déroule à Tripoli. Pourquoi avoir inscrit cette histoire dans cette ville?

Aujourd’hui avec Dans le taxi, j’explore un autre territoire qui est la ville de ma naissance. Dès la première page, j’explique que j’ai décidé de retourner à Tripoli, dans ma ville natale. C’est un retour à mon enfance, à mes racines et à mes blessures: il soulève la question de la sexualité, du désir, du masculin et du féminin et tout ça dans un taxi car l’histoire se déroule dans un taxi collectif, ce qu’on appelle “les services” au Liban. 

Que représente le taxi pour toi?

Le taxi pour moi, c’est le mouvement, le symbole du chemin et son chauffeur peut être un double de soi, c’est un guide.

Ton univers artistique tout en noir et blanc est à la fois sombre et onirique. Quel rapport entretiens-tu avec la nuit?

La nuit, c’est l’espace du rêve et ce rêve tient une place importante dans mon travail car il est à la fois source d’inspiration mais aussi une expérience en soi qui fait partie du chemin. Le rêve est l’endroit où je cherche les symboles, et le dessiner est aussi lié à un travail d’interprétation que j’effectue depuis plusieurs années.

Tripoli est aussi la ville où a débuté la thawra (révolution) Libanaise. Es-tu optimiste quant à l’avenir du Liban?

Je pense que la révolution ne peut pas s’arrêter et ne s’arrêtera pas. Mais je pense qu’ à court terme, ce ne sera pas facile et ce n’est déjà pas facile pour le Liban.

L’ouvrage est disponible en préventes sur le site de la maison d’édition Marseillaise Alifbata. Une occasion avant noël de soutenir la presse et l’édition indépendante.