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Les lettres de Beyrouth : un projet pour porter la voix des libanais à travers le monde

Depuis quelques années maintenant, le Liban ne cesse d’être confronté aux tragédies sanitaires, aux crises politiques ou encore aux instabilités économique et financière. Si les initiatives solidaires se multiplient afin d’apporter aide et soutien au pays, les artistes ont, eux aussi, voulu prendre part et donner sens à la dégradation de la situation. Retour sur une des œuvres les plus retentissantes, “Les lettres de Beyrouth” … 

Une histoire commune 

Tara et Tessa Sakhi, 22 ans, sœurs et artistes libano-polonaises, n’ont pas hésité à prendre part, elles aussi, à l’élan artistique afin de sensibiliser le monde entier sur  la situation tragique du Liban d’aujourd’hui. 

Elles ressemblent à des jumelles mais ont deux ans de différence. Grandissant dans une famille libano-polonaise, elles se sont toutes deux intéressées à l’architecture libanaise au cours de leurs études. Après l’obtention de leur diplôme, les deux sœurs n’ont pas hésité à se lancer ensemble dans des projets d’architecture d’intérieur, puis se sont orientées vers des travaux commerciaux à grande échelle, leur permettant d’essayer des idées plus ambitieuses et créatives. 

Et leur idée la plus créative, la voici : 

Faire résonner la voix des libanais sur le papier

Dès les semaines qui suivirent l’explosion du port de Beyrouth, les deux sœurs lancèrent un appel sur leur site web afin de recueillir le plus de messages de la part de la population libanaise mais aussi de ses expatriés, leur demandant de raconter en quelques mots leurs ressentis après le drame. Pari réussi pour les artistes qui reçurent des milliers de réponses, toutes autant marquées par la colère, que la tristesse et l’angoisse de leur avenir : “Oui à la résistance”, “comment l’humanité peut-elle détruire autant?”, “Au secours” …

Et ces messages ont été entendus. Après avoir lu chacun d’entre eux attentivement, Tara et Tessa ne pouvaient pas garder tout cela pour elles. Les deux sœurs ont donc retranscrit les réponses sur du papier recyclé rugueux et ont placé les notes dans de petites pièces de feutre, tissées par un collectif d’artisans de Sharjah

Elles ont ensuite accroché les quelques 2 000 notes sur un treillis métallique pour le placer dans les Giardini della Marinaressa, au cœur de la Biennale de Venise, créant l’effet d’un mur carrelé dans le jardin au bord de l’eau.

Une œuvre artistique marquée par la douleur

Selon les artistes, « les gens peuvent s’identifier les uns aux autres, quelle que soit la situation, car les sentiments sont des sentiments« , “c’est une façon pour nous de résister contre l’oubli« . 

Si la plupart des messages sont restés anonymes, Tara et Tessa avaient fait attention à laisser l’adresse électronique de certains de leurs auteurs. De nombres visiteurs, émus et touchés par l’œuvre n’ont pas hésité à établir une correspondance avec la population libanaise à la suite de la Biennale. 

« L’écriture est thérapeutique« , dit Tessa. « Et recevoir des lettres d’inconnus a été une forme de compassion et d’empathie, comme une thérapie pour les deux« .

Rendez-vous dans quelques jours avec ses créatrices pour en savoir plus sur ce projet.