Le nouveau média digital et social pour découvrir l’Arabie et le Moyen-Orient. Décalé. Innovant.

“200 mètres”, le témoignage poignant du quotidien des familles séparées

Réalisé par Ameen Nayfed en 2020 et primé lors de la dernière Mostra de Venise, le film “200 mètres” dépeint le quotidien douloureux des Palestiniens face au mur de séparation israélien, à travers l'odyssée de son personnage principal Mustafa. 

Des faits réels au service de la culture cinématographique 

“200 mètres” est le premier long métrage du réalisateur Ameen Nayfed. A travers le récit d’une histoire humaine inspirée de son propre vécu, ce jeune auteur de 32 ans réussit brillamment à relater la souffrance des familles palestiniennes, séparées contre leur gré, par le mur israélien. Objectif atteint pour Ameen Nayfed puisque son œuvre a rapidement été saluée à l’international.   

L’édification du mur israëlien, initié en 2002, a fait l’objet de nombreuses condamnations publiques puis juridiques pour ses conséquences sur la fragmentation de la société palestinienne. En 2014, c’est au tour de la  Cour internationale de justice d’affirmer que la construction de ce mur est illégale, ce qui n’a cependant pas suffi à faire obstacle à la poursuite des  travaux. Le film vise à dénoncer la fracture matérielle et humaine qu’a entraîné la construction de ce mur au sein de la population palestinienne. 

Largement inspirée par l’enfance de son auteur, l’histoire est celle d’un couple vivant dans deux villages, distants de 200 mètres mais séparés par le mur. Mustafa, joué par Ali Suliman, vit avec sa mère en Cisjordanie alors que sa femme Salwa et leurs trois enfants résident dans un village à majorité palestinienne en Israël. Apprenant que son fils a été blessé dans un accident, Mustafa, se voyant refuser son entrée en Israël, cherche à traverser clandestinement la frontière. Commence alors pour lui, un voyage financier extrêmement périlleux. 

En seulement 96 minutes, son réalisateur parvient à faire ressentir à ses spectateurs les terribles conséquences qu’un barrage peut avoir pour les relations humaines. « Je n’exagère pas en disant que tous ces obstacles peuvent être rencontrés par un Palestinien en un seul jour. C’est vraiment ça la réalité quotidienne des Palestiniens – une réalité que le monde ne connaît pas et que le film veut montrer ».

Un travail mettant en lumière la réalité du terrain 

Réalisé en seulement 22 jours, ce film fut tourné dans 35 sites différents, se concentrant essentiellement à Tulkarem, ville du nord-ouest de la Cisjordanie bordant la ligne verte, tracé d’armistice de 1949 entre Israël et les pays arabes. Ainsi, à la différence d’autres films qui abordent cette thématique, “200 mètres” permet, à lui seul,  “d’identifier visuellement les difficultés de déplacement, les barrières, les check-points, et les régions isolées” comme le rappelle sa productrice, May Odeh. 

« Le film rend palpables les barrières invisibles créées par cette barrière physique », analyse la productrice. « Le mur de 200 mètres représente toutes les barrières, les obstacles et les frontières construits par des politiques racistes pour séparer et diviser les gens et les peuples.»

Une oeuvre saluée par la communauté internationale

Après 7 ans de travail sur son scénario et malgré des conditions financières difficiles,  les efforts de Ameen Nayfed ont porté leurs fruits. 

Si l’oeuvre a été primée lors de la dernière Mostra de Venise, “200 mètres” a également remporté un grand succès lors de la 4e édition du festival du film d’El Gouna, en Egypte, en obtenant le prix du public « Cinema for Humanity Audience Award » et le prix « FIPRESCI ».  

Ali Suliman a, quant à lui, reçu le prix du meilleur acteur tandis qu’ Ameen Nayfeh s’est vu remettre le prix « Mena Massoud » de l’EDA Foundation. 

Enfin ce film a été choisi pour représenter la Jordanie pour l’Oscar du meilleur film international, un bel accomplissement pour son auteur.