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Un court métrage égyptien au festival du court métrage de Clermont-Ferrand

Le film égyptien "Tuk-Tuk" a fait sa première internationale au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand en France le 29 janvier dernier. Un succès encourageant pour son réalisateur, Mohamed Kheidr, après un long cheminement vers le monde du cinéma.

Dans ce court métrage, Mohamed Kheidr raconte l’histoire de Walaa, interprétée par Elham Wagdi ( Miss Egypte 2009 ), une mère qui est s’improvise conductrice de rickshaw pour subvenir aux besoins de sa famille après avoir été abandonnée par son mari qui a fui le pays illégalement. Une lutte pour sa subsistance, où elle sera harcelée, rejetée et se noiera dans les dettes… Un hommage vibrant aux femmes, au courage et à la résilience.

J’ai lu que vous n’avez pas toujours été cinéaste, pouvez-vous nous parler de votre parcours avant de vous lancer dans le monde du cinéma ?

J’étais vraiment passionné par l’art à l’adolescence, j’ai même été scénariste à l’âge de 14 ans, travaillant “sous la table” pour d’autres personnes. Ensuite, j’ai étudié les beaux-arts à l’université et j’ai commencé ma carrière en tant que graphiste, que j’ai poursuivi pendant dix ans, tout en étant dans la direction artistique de cinéma. Vers 27 ans, j’ai décidé de faire un changement de carrière. Je sentais que j’avais la vision du story-board, l’art du cadrage avec la peinture à l’huile et la bande son en arrière-plan car je jouais aussi de la musique et j’écrivais des paroles de chanson, alors j’ai décidé de passer à l’étape suivante et j’ai joint l’académie de cinéma de New York où j’ai obtenu un diplôme en réalisation de film.

Comment vous est venue l’idée du scénario de « Tuk Tuk »?

J’ai travaillé pour des associations caritatives et un jour, quelqu’un a évoqué cette histoire d’une femme endettée qui avait été abandonnée par son mari, vivant avec sa mère malade et une famille à nourir. Elle a alors décidé d’acheter un tuk tuk pour travailler, mais n’a pas pu rembourser ses dettes et a été emprisonnée. Entendre cela m’a brûlé de l’intérieur et j’ai décidé d’en faire une histoire.  

Le rôle principal du film est une femme forte qui lutte dans un environnement dominé par les hommes. Pourquoi avez-vous choisi cet angle pour votre personnage ?

Je crois que la femme est l’essence même de la famille et de la maison. Si la femme n’est plus là, la maison s’effondre. Pour moi, soutenir les femmes est une nécessité car cela signifie aussi soutenir la société, la communauté et le pays tout entier. Ma mère m’a appris à être un homme bon quand j’étais enfant, et je pense que c’est vraiment important de montrer à nos enfants comment se comporter. Il était donc important pour moi de montrer les difficultés que les femmes peuvent rencontrer dans leur vie quotidienne.

L’actrice principale du film est Elham Wagdi, l’ancienne miss Egypte. Quels étaient vos attentes pour le rôle?

J’ai fait appel à de nombreuses actrices pour ce rôle. J’ai fait un casting caméra dans mon bureau avec plus de 95 personnes, nous en avons sélectionné 50 femmes et à la fin, c’était elle. Elle avait les traits, les yeux et le regard que j’avais en tête, même si elle n’avait pas l’accent rude des gens de la région qu’elle représente. Je cherchais aussi un corps fatigué pour montrer sa souffrance. Je pensais qu’elle me donnerait du fil à retordre pendant le tournage à cause de sa célébrité, mais elle ne l’a pas fait et elle a tout de suite cerné le personnage.

Qu’avez vous voulu montrer à travers cette histoire ?

En Egypte, plus de 30 000 femmes sont emprisonnées à cause de leurs dettes et beaucoup de gens pensent que ces femmes ont emprunté de l’argent qu’elles savaient qu’elles ne pourraient pas rendre et que pour cette raison, elles devraient être emprisonnées. Je voulais vraiment montrer qu’avant de rendre des jugements rapides, il faut toujours regarder l’histoire des gens et ne pas juger d’un point de vue superficiel. 

Quel a été l’aspect le plus difficile du tournage ?

Le lieu,  parce que nous avons tourné le film dans un endroit réel appelé Hattaba au Caire et, là-bas, des gens n’aiment pas vraiment que des étrangers viennent filmer leur vie. Ils ont l’habitude de voir beaucoup de journalistes étrangers les filmer puis les représenter de façon négative, donc ils sont devenus très méfiants et nous avons dû dépenser beaucoup de temps et d’argent pour les convaincre.

Qu’avez-vous ressenti lors de la première mondiale au festival du court métrage de Clermont-Ferrand ?

C’était un beau cadeau du ciel parce que je voulais que la première mondiale se fasse en Egypte mais nous n’avons pas été sélectionnés pour le festival du Caire. J’étais vraiment dévasté et quand j’ai appris la nouvelle du festival du film de Clermont-Ferrand, ce fut une merveilleuse surprise.

Quels sont les cinéastes célèbres qui vous ont inspiré dans votre carrière ?

Luc Besson bien sûr, avec Léon car c’est le film qui m’a le plus marqué.  Peut-être Scorcese aussi et croyez-le ou non, j’aime aussi Silvester Stallone quand il réalise.

 

Léon, Affiche

Vous pensez déjà à de nouveaux projets ?

Oui, je travaille déjà sur « Richter”, un projet qui parle d’un tremblement de terre qui a frappé le Caire en 1992. Ce sera un film qui suivra différents groupes de personnes et montrera comment cette expérience de mort imminente a transformé leur vie, à une époque où il n’y avait pas de téléphone et pas de géolocalisation.