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Face à l’épidémie de coronavirus, un éditeur jordanien tire son épingle du jeu

Alors que l’épidémie de Covid-19 déstabilise les marchés financiers mondiaux, celui du jeu mobile, lui, ne s’est jamais aussi bien porté. Une opportunité même, pour les entreprises du secteur du divertissement en ligne ou sur mobile qui misent sur l’ennui de la quarantaine globalisée pour mettre en valeur leurs services. C’est le cas de Tamatem, le premier éditeur et développeur de jeux mobiles au Moyen-Orient, qui a vu sa croissance grimper depuis le début de la crise.

Fondée par l’entrepreneur jordanien Hussam Hammo, cette entreprise est rapidement devenue le premier fournisseur de jeu mobile sur le marché arabe, même si elle ambitionne d’étendre son expertise au delà du Moyen-Orient. Juste avant le début de la pandémie, elle a d’ailleurs levé 3.5 millions de dollars qu’elle compte investir pour atteindre de nouveaux marchés émergents, mais aussi s’installer à Riyadh, en Arabie Saoudite où le marché du jeu est pleine expansion et estimé à 165 millions de dollars pour 2020.

Qu’est-ce qui vous a poussé à fonder Tamatem en 2013 ? A quoi ressemblait le marché du jeu au Moyen-Orient à cette époque ?

En 2013, j’ai eu l’idée de localiser les jeux sur mobile à destination des joueurs arabes. Après avoir étudié le marché, j’ai remarqué que l’arabe est la 4e langue la plus parlée au monde et pourtant, seulement 1 % du contenu en ligne est disponible dans cette langue. De plus, la région possède le plus haut revenu moyen par utilisateur payant au monde, ce qui représente une grande opportunité pour les développeurs internationaux intéressés par le marché de la région. Je me suis alors lancé dans l’aventure et j’ai rejoint la Silicon Valley où Tamatem est devenu la première entreprise arabe à rejoindre le programme « 500 startups ». Aujourd’hui, en raison des barrières élevées à l’entrée pour les développeurs étrangers dues à la complexité de la langue et aux spécificités culturelles, Tamatem est devenue l’éditeur idéal pour tout studio de production de jeux mobiles qui cherche à maximiser sa portée mondiale.

Comment le Covid-19 a-t-il affecté les activités de Tamatem ?

L’épidémie de coronavirus est un événement malheureux pour le monde entier et a affecté toutes sortes d’entreprises. Dans notre cas, Tamatem appartient à l’industrie du divertissement et comme les gens sont invités à rester chez eux pendant cette période, ils sont de plus en plus nombreux à passer du temps sur leur téléphone, regarder des films, jouer à des jeux ou discuter avec des amis. Nous avons profité de cette période pour inciter de plus en plus de gens à jouer à nos jeux. Nous avons proposé aux joueurs davantage de forfaits, d’offres et de formules pour les encourager à rester chez eux et à assurer leur sécurité. Si l’ensemble de l’industrie du jeu en général connaît une croissance de 20 à 40 %, nous avons rencontré une croissance énorme de nos activités depuis mars dernier, avec une augmentation de 35% de notre chiffre d’affaire par rapport à février. Avril s’annonce également très bien.

Comment vous êtes-vous adapté à la situation avec vos employés ?

Nous avons été les premiers à travailler à domicile, avant même l’annonce officielle du gouvernement. La santé de nos employés est notre priorité principale et nous ne voulions pas qu’ils soient touchés par le virus de quelque façon que ce soit. Nous avons mis en place des bonnes pratiques, nous communiquons régulièrement, et intégrons du plaisir à nos journées de travail (marche au soleil, café virtuel, jeux et activités). Mais surtout, nous essayons de motiver nos employés en communiquant en permanence, comme si nous étions au bureau. Notre activité fonctionne très bien et nous sommes l’une des rares entreprises à continuer de recruter virtuellement.

Quels ont été les principaux défis ?

Notre activité B2B est le principal défi, car il est un peu difficile pour nous maintenant d’obtenir de nouveaux partenariats en raison de l’instabilité de l’économie. Nous avons donc décidé de nous concentrer sur les jeux pour l’instant et de garder les nouveaux partenariats pour plus tard, jusqu’à ce que la situation soit plus claire. L’incertitude de la situation est un défi, mais dans l’ensemble, nous nous sommes bien adaptés.

Quels sont vos projets pour la sortie de crise ?

Après la crise, nous voulons nous assurer que nos joueurs gardent les jeux sur leur téléphone et jouent encore plus. Nous devons nous assurer que leur expérience est suffisamment bonne pour qu’ils gardent les applications et les utilisent. Nous allons également revenir en force sur notre activité B2B afin d’obtenir de plus en plus de pistes et de partenaires. Notre plan prévoit également d’organiser davantage d’événements hors ligne accroître la notoriété de la marque et, espérons, d’ouvrir un autre bureau à Riyadh.