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Institut du monde arabe : Le 7ème art saoudien s’invite à Paris

Les amateurs de cinéma en tous genres ont été comblés lundi soir à l’occasion de la soirée “Cinéma saoudien à Paris” co-organisée par l’institut du monde arabe, l’association d’amitié franco-saoudienne Generation 2030, et le festival international du film de la mer Rouge. Après presque deux ans de fermeture des salles, les quelque 400 convives réunis dans l’auditorium souterrain de l’IMA ont eu le plaisir d’assister à un marathon cinématographique de près de 2h30, composé de 4 courts métrages et d’un long, tous aussi inspirés les uns que les autres.

Une industrie encore naissante

Présent sur place, Edouard Waintrop, critique de cinéma, exploitant de salles et accessoirement délégué général de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, ne cachait pas son enthousiasme à l’idée d’être impliqué dans le développement d’une industrie cinématographique encore naissante dans le royaume. En effet, outre les multiples casquettes précitées, l’homme à l’écharpe était avant tout présent en sa qualité de directeur artistique du festival international du film de la mer Rouge (Red Sea International Film Festival). “Le cinéma saoudien est une fleur en train d’éclore, dont vous allez être invités à admirer quelques pétales”, métaphorisait-il lors de son discours donné en préambule de la soirée. Il fallait donc comprendre, en lisant entre les lignes mais surtout en l’interrogeant quelques minutes, que la soirée n’avait pas pour but de nous livrer d’un bloc tous les secrets du cinéma saoudien, ni de faire l’étalage d’emblée l’étalage de tout son talent. “Plusieurs films ne sont pas présentés ce soir car nous les gardons aussi pour le Red Sea”. C’est noté, de notre côté, on garde les sachets de popcorn au placard d’ici là

Une grande sensibilité artistique… 

Certes, le cinéma saoudien est encore très jeune, presque embryonnaire. Après tout, il était encore, jusqu’à tout récemment, prohibé dans le pays. Mais la nouvelle génération de créateurs saoudienne n’a pas attendu que les salles ouvrent partout dans le pays -comme c’est le cas en ce moment- pour se trouver des vocations. Ainsi, dans les traces de la maintenant incontournable pionnière Haifaa Al Mansour (Wadjda, The perfect candidate) marchent d’ores et déjà une ribambelle de jeunes cinéastes aussi inspirés qu’ils sont talentueux. On le constate particulièrement dans les choix de plans épurés de Sara Mesfer (The girls who burned the night), et de Hisham Fadel (Ongoing Lullaby) ou dans la facilité déconcertante avec laquelle Mohammed Alholayyil s’adonne à l’un des exercices les plus difficiles du cinéma : le huis clos, car Forty Years and one night en est un, ou presque, et en alternant entre pression et humeur, il parvient à garder le spectateur en alerte tout au long du film. 

… et sociétale 

Évidemment, dans un pays en proie à de tels changements sociétaux, il semblait quasiment inévitable qu’un certain nombre d’enjeux soient abordés dans les films projetés. Comme de juste, la place de la femme dans la société arabe occupait un rôle central dans plusieurs des oeuvres présentées. Des personnages féminins bien écrits, mais surtout remarquablement joués par des actrices de tous âges. On note toutefois un détail : plus les femmes représentées sont jeunes, plus elles présentent une dimension rebelle, à l’instar de la jeune sœur pyromane de The Girls Who Burned the Night, ou de celle, fugueuse, de Forty Years and one night. Autre fait marquant, cette sensibilité sociétale ne s’applique pas qu’à des enjeux saudo-centrés, bien au contraire. Dans Ongoing Lullaby, la voix intérieure qui torture la principale protagoniste pourrait s’adresser à à peu près n’importe qui sur terre, tant elle correspond aux doutes de tout un chacun sur sa raison de vivre, son rôle dans la société moderne, et l’impact que laissera son passage sur notre chère vieille planète bleue

Au final, on ressort de ce voyage cinématographique un peu bluffé, un peu ému, mais surtout, avec la nette impression que le cinéma saoudien n’a pas fini de nous surprendre. A vrai dire, il viendrait plutôt juste de commencer…