Le nouveau média digital et social pour découvrir l’Arabie et le Moyen-Orient. Décalé. Innovant.

5 choses que vous ne saviez pas sur la babouche

Petite chaussure confortable et légère, la babouche se trouve partout, et il est très probable que vous en ayez une (ou dix) paires. Sa particularité et sa popularité ne résident pas que dans son aspect pratique et abordable : porteuse d’histoire, elle fait la fierté du monde arabe et en particulier du Maroc, et en est l’un des produits phares.

1. Un savoir-faire artisanal ancestral 

La babouche (du persan papush pa, pied et push, couvrir) possède une histoire qui remonte à des siècles : en effet on estime son apparition au IIIème siècle avant Jésus-Christ! Elle apparaît dans le monde arabo-musulman et était portée par les femmes, dans le but de cacher leurs orteils, par pudeur. Elle est rapidement adoptée par les hommes, pour son aspect pratique

Cet aspect pratique, c’est ce que recherche les babouchiers comme on les appelle de nos jours, qui transmettent de génération en génération un savoir-faire précis et délicat. 

Ils mettent environ 10 heures pour fabriquer une paire de ces pantoufles. Le babouchier doit toujours garder ses mains sèches, et propres avant de manier la peau de chèvre grenée qui composera la partie supérieure de la chaussure, ou encore la peau de veau qui, elle, composera la semelle. 

Aussi, le cuir sera nécessaire pour fabriquer une paire, et pas n’importe lequel : au Maroc, il provient des tanneries de la Médina Boujloud à Fès, réputées pour la qualité de leur cuir

L’assemblage des peaux et du cuir se fait avec des fils de et de soie et de nylon, et de trois manières différentes : à la main, à la machine et à la colle. 

Une fois assemblées, les babouches sont lissées avec du savon pour cacher les coutures visibles. La dernière étape consiste à enlever les chutes de cuirs dépassant de la semelle pour un effet plus esthétique.

Et voilà ! 

2. Une chaussure pour tous 

Hommes, femmes, enfants, du Maghreb, du Moyen-Orient ou du monde entier, tous ont adopté la fameuse paire de pantoufles. Chacun choisit sa paire de belgha (pour les hommes) ou charbil (pour les femmes) selon ses goûts : de couleurs vives, unies ou brodées. 

Quel que soit le modèle, le côté intemporel de cette chaussure se conjugue aussi bien avec une tenue traditionnelle ou une tenue plus à la mode

Par exemple, lors des célébrations et des mariages, on préférera une paire à motifs, broderies et autres décorations, alors qu’une paire pour tous les jours, utilisée chez soi sera plus simple

Cette popularité et cette diversité remontent aux premiers temps de la babouche, puisque tout le monde les portait, peu importe sa classe sociale, nomades ou sédentaires, ruraux ou citadins, riches ou pauvres.

Quoiqu’il en soit, les Arabes, et particulièrement les Marocains se battent pour préserver cet héritage cher à leur culture et à leurs yeux, à mi-chemin entre modernité et tradition. 

3. Une chaussure aux diverses déclinaisons

Dû à la richesse et aux particularités de chaque région et pays, on retrouve des dizaines de sortes de babouches. On peut distinguer deux types de babouches principales surtout au Maroc, à savoir la babouche berbère, plus rurale et la babouche arabe, plutôt citadine

Les premières ont des bouts ronds ou carrés tandis que les secondes ont des bouts pointus.

La babouche berbère est très solide, puisqu’elle possède une semelle en caoutchouc la plupart du temps. Elle est utilisée en extérieur et possède une doublure en cuir à l’intérieur pour un côté anti-transpirant. 

Confortable et conforme !

La paire plus citadine, aux bouts pointus, appelée aussi “babouche traditionnelle” est en cuir ou en sabra (soie végétale). Elle est très élégante et sa forme évoque immédiatement la culture orientale. 

On peut également citer une nouvelle sorte de babouche, se rapprochant de la mule ou du mocassin, qui sont très à la mode. Reprenant la souplesse et la légèreté du modèle original, elles sont en cuir et font fureur auprès de grands créateurs ou de grandes maisons telles que Dior ou Gucci.

Une preuve de la popularité et de la modulabilité de cette paire ! 

4. Un symbole du Monde Oriental 

La papouch, terme employé en français en 1542, puis babouche se diffuse en Europe, popularisée par les expéditions coloniales au Maghreb et également à travers les arts. 

En effet, elle devient rapidement à la mode, puisqu’elle évoque exotisme et découverte. Pour les Occidentaux, elle représente plus qu’une chaussure : elle incarne un réel mode de vie, et notamment une vie riche, lascive, mystérieuse et fascinante. 

Les élites sont séduites et adaptent la paire aux tendances de l’époque : on la recouvre de broderies et on lui ajoute un talon. 

Au même moment, les peintres du courant orientaliste diffusent et popularisent encore plus son image : on peut citer Eugène Delacroix qui en rapporte une paire de Tanger en 1822 et la représente de nombreuses fois dans ses œuvres. 

Matisse peint en 1912 sa Zohea sur la terrasse, et réalise une expérimentation chromatique à travers ses babouches jaunes, bleues et carmin. 

Un an auparavant, en 1911, le ballet Shéhérazade montre des danseurs ayant troqué des babouches à la place des pointes classiques: la babouche représente alors la créativité

5. Une ambassadrice du Maroc 

De nos jours, ce soulier est au centre de l’artisanat du cuir marocain et fait partie des objets les plus prisés des touristes. Marrakech est même la première ville de production des babouches. Mais cela a demandé certaines étapes dans l’Histoire. 

En effet, l’instauration du protectorat français sur le Maroc en 1912 entraîne notamment des enquêtes ethnographiques qui définissent des normes relatives à la paire, dans l’optique de préserver au maximum l’artisanat et le savoir-faire marocain. C’est également un moyen de se protéger face à la contrefaçon et la concurrence étrangère et en particulier la concurrence japonaise, puisqu’ils possèdent également une forme de babouche, ou plutôt de chaussons. 

En 1934, l’entrée de babouches étrangères sur le territoire du protectorat est prohibée par un décret. En 2011, le gouvernement marocain décide d’augmenter les droits de douane sur les babouches fabriquées à l’étranger, et de labelliser la chaussure dont les caractéristiques sont fixées par un nouveau décret.

Quoiqu’il en soit, les babouches sont appréciées mondialement et ne connaissent pas de frontières. 

Populaires